The Big Lebowski : film culte de la décennie

The Big Lebowski est « devenu, furtivement, le film culte le plus vénéré de la décennie« , dixit le New York Times. Pas mal pour un film dont le personnage principal est Le Dude (de son vrai nom Jeffrey Lebowski), une sorte de hippie sur le retour qui partage son temps entre jouer des parties de bowling, fumer des pétards en écoutant du Creedence, et siffler des White Russian. ( Le critique de Télérama classera le film dans le genre « hippie, hippie, hourra ».)abide

À sa sortie, le film a pourtant été un échec au box office. Quand il a atteint pour la première fois les salles obscures en 1998, en pleine folie Titanic, The Big Lebowski a été perçu comme  une bévue dans le palmarès des frères Coen, qui venaient de rafler deux Oscars avec Fargo, un polar très noir.

Les critiques de l’époque ont descendu The Big Lebowski, déplorant le manque d’humour (!) et le scénario tarabiscoté. Il faudra attendre plusieurs années et la sortie du film en DVD pour qu’il soit apprécié à sa juste valeur. (Aujourd’hui, le DVD a rapporté plus de 40 millions de $, soit plus du double des recettes d’exploitation du film en salle).

Si on se demande comment l’humour du film a pu échapper aux premiers spectateurs, la critique sur le scénario est fondée. Jugez plutôt : méprenant le Dude pour un autre Lebowski (riche celui-là), un malfrat vole son tapis, non sans avoir d’abord pissé dessus. Voilà le point de départ d’une intrigue bizarroïde qui verra le Dude s’opposer, entre autres, à un gang de nihilistes, au magnat du cinéma porno californien et à une marmotte. Jetez là-dedans une histoire familiale complexe, un kidnapping et un tournoi de bowling, et vous aurez une petite idée de ce dont parle le film.

Une petite idée seulement, parce que l’histoire n’est pas importante au final. Elle n’est qu’un prétexte à la mise en scène d’une galerie de personnages incroyables : Le Dude (Jeff Bridges), bien sûr, mais aussi Walter (John Goodman), le vétéran du Vietnam soupe au lait; Donnie (Steve Buscemi), l’ami à côté de la plaque; Jesus (John Turturro), l’ancien pervers sexuel devenu adversaire au bowling…

Un film devenu culte

Incroyable mais vrai : The Big Lebowski, un film où la seule motivation du personnage principal, comme il le répète à plusieurs reprises,  est de « récupérer son tapis » est donc devenu culte. Il existe un festival dédié au Big Lebowski, le Lebowski Fest, où des centaines d’achievers (comme les fans du film se plHallo1aisent à s’appeller) se réunissent. Le premier a eu lieu à Louisville en 2002, mais il en existe maintenant dans de nombreuses villes des États-Unis et du monde : New York, Las Vegas, Los Angeles, Londres...

Plus fou encore, il existe une religion basée sur les préceptes du Dude, le Dudeism, dont voici le fondement :

The idea is this: Life is short and complicated and nobody knows what to do about it. So don’t do anything about it. Just take it easy, man. Stop worrying so much whether you’ll make it into the finals. Kick back with some friends and some oat soda and whether you roll strikes or gutters, do your best to be true to yourself and others – that is to say, abide.

Les Dudéistes proposent gratuitement de vous ordonner prêtre Dudéiste. Il suffit de remplir un formulaire pour rejoindre le mouvement et grossir les rangs (il y aurait déjà plus de 70000 prêtres dudéistes dans le monde)

Ils possèdent leur propre journal internet, The Dudespaper , dont la ligne éditoriale est la suivante :

Where other newspapers are mostly vehicles to deliver bad news and get you to buy stuff you don’t need, we’re here mainly to help you feel groovy and to promote an idea for its place and time. We’re talking about Dudeism here.

Les raisons du succès

Les premiers surpris du succès du Big Lebowski sont les acteurs eux-mêmes. À un journaliste de Rolling Stone, John Goodman déclara que ce film était « la chose sur laquelle il avait préféré travailler ». Steve Buscemi expliqua que des fans « lui déclamaient des répliques du film dans la rue tout le temps ». Quant à John Turturro, les chasseurs d’autographes lui demandent de dire sa réplique marquante du film  « You don’t fuck with the Jesus ».

Pourquoi l’histoire du Dude a-t-elle atteint ce statut culte ? Un ami des frères Coen, Bill Robertson, auteur d’un livre intitulé The Big Lebowski: The Making of a Coen Brothers Film, théorise :Hallo2

« [Le Dude] est une sorte d’ exemple à suivre bizarre. Aujourd’hui, on met beaucoup de pression sur les jeunes pour qu’ils aient de bons résultats et que leurs moyennes soient incroyables. Et pendant ce temps, ils voient la société gaspiller leur futur et ils réalisent que leur niveau de vie sera bien plus bas que celui de leurs parents. C’est pourquoi tant de jeunes se rapprochent du Dude. C’est un personnage qui est intelligent, même s’il fume des pétards et que, selon les standards de la société,c’est un loser. Mais c’est aussi une personne qui a beaucoup de coeur et qui est loyal vis-à-vis de ses amis. À la fin du film, le constat est que c’est [OK] d’être un loser, à condition d’être quelqu’un de bien. »

Le professeur associé Richard Gaughran, auteur d’ un essai intitulé Professor Dude: An Inquiry Into the Appeal of His Dudeness for Contemporary College Students, a demandé à ses élèves ce qui les attirait dans le personnage du Dude. L’un d’eux répondit:

“He doesn’t stand for what everybody thinks he should stand for, but he has his values. He just does it. He lives in a very disjointed society, but he’s gonna take things as they come, he’s gonna care about his friends, he’s gonna go to somebody’s recital, and that’s it. That’s how you respond.”

En plus d’être à la source de la création d’un festival et d’une religion, d’avoir influencé et marqué de nombreux artistes – dont Jim James le chanteur de My Morning Jacket – le personnage de loser sympathique du Dude a eu d’autres incidences sur le monde réel. Il a, à lui seul, réhabilité le bowling :  un « sport » qui demeure kitsch mais qui est devenu, grâce au Dude, un passe temps avouable, au moins au deuxième degré. Il a également popularisé la consommation d’un cocktail, le White Russian ou Russe blanc, fait à base de Vodka, de Kahlua (liqueur de café) et de crème (ou de lait).

Craig N. Owens, professeur de littérature à l’université Drake à Des Moines, a écrit un papier sur le sujet, rapporte le New York Times :

« Craig N. Owens [...] divides the world into two factions: those who float the cream on their White Russians (“the floaters”) and those who mix it in (“the homogenizers”). He praises the Dude’s “middle way,” avoiding the hassle of “shaking and straining.” »

Le vrai Dude

La frontière entre la réalité et la fiction est plus fine que l’on croit. Le Dude a influencé le monde réel, mais ce personnage est lui-même basé sur une personne réelle, Jeff Dowd, qui a son propre site . Vous pourrez y trouver tout un tas d’informations sur la Dude mania, dont une photo réunissant les deux Dude que je reproduis ci-dessous.

Image 1

You don’t fuck with the Jesus

Avec le Dude, le personnage le plus marquant du film est sans aucun doute celui de Jesus Quintana, joué par un John Turturro survolté en combinaison mauve. Le Jesus tel qu’on le connaît a bien failli ne jamais exister. Le personnage n’était pas censé être aussi intense, ni lécher ou essuyer sa boule de bowling de façon suggestive. Tout est parti d’une improvisation de John Turturro, comme il l’explique dans la vidéo suivante :

Voici la fameuse scène où Jesus lèche sa boule de bowling  (en version espagnole). Il se trouve que cette scène est la scène préférée de Jeff Bridges dans le film.

The Big Lebowski : une suite ?

Pour les fans inconditionnels du Big Lebowski, sachez que les frères Coen et John Turturro ont discuté d’une suite potentielle au Big Lebowski, centrée sur le personnage de Jesus:

« We’ve been talking about it for a while, » Turturro says. « Even if they wouldn’t do it, they could just write it, and then I’ll do it. » The story is simple: Jesus gets out of jail and lands a job as a bus driver for a girls’ high school volleyball team. « The movie will be about him dealing with his demons, » Turturro says. « It will be like a combination of Rocky and The Bad News Bears. At the very least we’d have to have a Dude cameo. »

(Photos Flickr Flickr Flickr Flickr Flickr)

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