Après avoir posté sur YouTube une vidéo affligeante pour promouvoir le dansemob;
Après s’être heurté à une cascade de critiques négatives sur cette vidéo;
Après avoir tenté de faire disparaître ces critiques négatives;
Et après que quatre mystérieux comptes YouTube créés le 12 janvier se mettent à tous poster des commentaires positifs sur la vidéo;
Le Carnaval de Québec a finalement supprimé la vidéo.
C’est donc un fiasco total pour cette campagne censée promouvoir le Carnaval de Québec. Il y a deux leçons simples à tirer de cette mésaventure.
1 ) Internet est une arme à double-tranchant
Le buzz tant recherché par les publicitaires peut parfois avoir un effet boomerang. Le Carnaval de Québec l’a appris à ses dépens.
Grâce à Internet, et particulièrement à la puissance des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, une vidéo peut rapidement se répandre, devenir « virale » et faire une énorme publicité à moindre coût.
Une vidéo de qualité qui est appréciée par les internautes sera relayée par eux. Ils vanteront ses qualités et ils la partageront avec des gens de leur réseau. Ceux-ci feront de même avec leur propre réseau, qui fera de même, et ainsi de suite. La vidéo se propage comme un virus.
Le problème, c’est qu’une très mauvaise vidéo peut elle aussi devenir virale. C’est ce qui est arrivé à la vidéo pour le dansemob du Carnaval. Les internautes l’ont transmise en se moquant de tous les défauts : la terrible musique, la chorégraphie, l’inversion de la gauche et de la droite. Cette vidéo était si mauvaise que l’écrasante majorité des commentaires (pour ne pas dire tous) sur YouTube étaient négatifs. Une telle unanimité est très rare sur Internet, qui est plutôt un espace de débat. C’est dire si la vidéo était mauvaise.
Mais devant la tornade de commentaires négatifs, au lieu d’affronter la tempête, le Carnaval a décidé – après l’épisode des commentaires positifs sur YouTube très douteux – de retirer la vidéo purement et simplement. Ce n’est pas jouer selon les règles du web 2.0.
Dans les mots du détesteur :
Si vous voulez faire le passage au web 2.0, vous devez assumer les commentaires négatifs, c’est tellement anti-web 2.0 ce que vous faites. C’est une nouvelle façon de faire du marketing, vous devez interagir avec eux plutôt que de les snober.
2) L’échec du nivellement par le bas
Le fiasco de cette vidéo montrent que les internautes ont refusé en bloc qu’on leur serve une soupe fade constituée de vieux hits qui étaient déjà kitschs à leur sortie il y a 15 ans et des chorégraphies qui vont avec. Les gens ont voulu mieux. Ils ont refusé ce nivellement par le bas.
À la limite, quitte à faire dans le réchauffé, autant mettre les Black Eyed Peas : c’est affreux, mais au moins c’est récent. Nous sommes en 2010 après tout. S’ils avaient utilisé Gotta feeling on aurait déploré le manque d’originalité. Mais qu’est-ce qui a bien pu mener au choix de Cotton Eye Joe ? Et de La Macarena ? Et de la danse d’Hélène ?
Toute cette histoire me rappelle un vieux sketch des Inconnus, un trio d’humoristes français. Dans ce sketch, les Inconnus jouent le rôle de trois publicitaires qui organisent la campagne électorale d’un candidat à la présidentielle nommé Jacques Glandu (qu’ils rebaptisent Jack Beauregard, parce que c’est plus vendeur).
Deux des publicitaires ont préparé des pin’s spécialement pour la campagne. Le troisième, qui joue le patron, s’exclame:
« - Non les enfants, c’est out of mode complet les pin’s, on peut pas… Si les gens voient ça…
- Oui, mais les gens… répliquent les deux autres, tout en se passant la main au-dessus de la tête pour signifier que ça les dépasse.
- Oui mais attention, il ne faut pas oublier l’éthique de la maison, les enfants :
(Ils déclament tous ensemble) Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont ».
Le Carnaval est un rassemblement populaire : ça ne signifie pas que tous ceux qui vont au Carnaval sont prêts à danser sur les chorégraphies des chansons qui passent dans les mariages à trois heures du matin quand tout le monde est saoul.
Il y a peut-être un paradoxe à utiliser des moyens de communication ultra-modernes pour faire une vidéo qui frise le populisme. Les internautes ont prouvé qu’ils refusaient le nivellement par le bas.
(Photo Flickr)
(Merci Simon !)
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