Quel est le point commun entre Stanley Kubrick, Serge Gainsbourg et la chanteuse Alizée ? Ils ont tous été inspirés par le roman de Vladimir Nabokov, Lolita : le premier en a fait un film, le second un album (Histoire de Melody Nelson), la troisième de la soupe.
Lolita est un roman culte, un chef d’oeuvre. Ça, vous pourrez le lire partout, sur la quatrième de couverture, dans l’introduction, dans toutes les critiques (dont celle-ci). Lolita est de ces livres qui intriguent et qui fascinent. J’avais toujours eu envie de le lire mais je repoussais le moment de le faire car je savais que la lecture ne serait pas facile. Nabokov a la réputation d’être un écrivain qui écrit pour les écrivains, et la perspective de devoir fouiller constamment dans le dictionnaire pendant la lecture de Lolita me rebutait. (Si, comme moi vous ignorez ce qu’ « ocellé », « floralie » ou « érubescence » signifient, vous allez vous aussi avoir besoin de votre Robert).
J’hésitais donc à me lancer dans l’univers de Lolita jusqu’à ce que la curiosité ait raison de mes réticences. Lolita est un livre avec lequel il faut se battre parfois – le narrateur Humbert Humbert avoue lui-même dès le début que sa prose est alambiquée – mais le lecteur courageux sera récompensé de son audace.
Car Lolita, c’est une galerie de personnages riches et vivants. C’est aussi, bien sûr, une histoire qui est toujours sulfureuse plus de 50 ans après sa première parution: une histoire de passion, de sexe et d’obsession, d’inceste et de pédophile; l’histoire d’un amour fou à sens unique entre un homme dans la quarantaine qui paraît bien sous tous rapports (Humbert Humbert) et Dolorès dite Lolita (ou Lo ou Lola), une ingénue de 12 ans et demi. « Une nymphette », comme l’appelle Humbert.
Humbert est un narrateur précis, très précis, qui porte une attention maladive aux détails, particulièrement ceux concernant Lolita. Il est obsédé par la jeune fille – il se dit « prisonnier » de l’emprise de Lolita. Nabokov insuffle cette obsession en toutes choses, comme dans ce passage, où Humbert rentre pour la première fois dans la chambre de Lolita:
« Il y avait un grand lit, une glace, un grand lit dans la glace, une porte de placard avec une glace, une porte de salle de bains idem, une fenêtre bleu de nuit, un lit qui se réfléchissait dedans, le même dans la glace du placard, deux chaises, une table avec un dessus en verre, deux tables de chevet, un grand lit, un énorme lit à panneaux, pour être exact, couvert d’une courtepointe en chenille rose de Toscane, avec à droite et à gauche une lampe rose coiffée d’un abat-jour à volants. »
Les personnages de Lolita ont des personnalités complexes. Humbert Humbert a beau être un pervers et être obsédé (jusqu’à la folie) par les nymphettes, il offre toutes les apparences de la respectabilité. C’est un vrai gentleman, un beau parti que les femmes s’arracheraient si seulement il daignait s’intéresser à elles. De son côté, Lolita est une enfant capricieuse, qui voit clair dans le jeu de Humbert et qui, d’une certaine manière, le joue.
Malgré les apparences, Lolita n’est pas un roman qui fait l’apologie du vice : au contraire, il le dénonce. Lolita est un livre sur l’amour impossible et l’obsession maladive, sur fond de road trip américain.
Quand à la qualité de l’écriture… Quand on sait que Nabokov, dont la langue maternelle était le russe, a composé Lolita en anglais avec un tel niveau de raffinement, ça donne envie de fracasser son clavier d’ordinateur pour ne plus écrire que des listes de course et des post-it.
Je vous laisse avec quelques citations:
« Ses mains encerclèrent un melon invisible l’espace d’un instant [...] »
« Ses doigts, occupés qu’ils étaient à masquer le soleil, étaient d’un pourpre lumineux. »
« [...] ses hanches puériles, sur lesquelles j’avais baisé l’empreinte crénelée laissée par l’élastique de son short. »
(photo Flickr)
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