La maison aux fenêtres de papier, un livre de Thomas Day paru aux éditions Folio SF, annonce la couleur dès son sous-titre : “Hommage à Fukusaku Kinji, Takashi Miike et Quentin Tarantino”.
Ce triple name-dropping a un but : faire comprendre au lecteur que le livre va parler du Japon et pas de n’importe quel Japon, un pays peuplé de yakuzas, ces gangsters cruels en costumes noirs, chemises blanches et cravates noires; un Japon violent, gore, où on se trucide à coups de sabres et d’armes à feux, où les membres coupés jonchent le sol et le sang gicle sur les murs. C’est le Japon de Kill Bill 1 et celui de Battle Royale, pas celui de Geisha.
Mais les références à Tarantino, Kinji et Miike ont un autre but, celui de faire vendre du papier en s’appuyant sur la notoriété de ces illustres réalisateurs. Avec moi, Thomas Day, tu as échoué : j’ai emprunté ton livre à la bibliothèque.
L’histoire : deux grands axes
On peut diviser le livre en deux grands axes temporels, qui s’entrecroisent tout au long du bouquin.
Premier axe : Aujourd’hui
Le premier axe, c’est ce qui se passe aujourd’hui. Deux chefs démons yakuzas se sont partagés équitablement le marché du crime au pays, mais leurs deux clans sont proches de la confrontation. L’irruption d’une femme-panthère du nom de Sadako dans l’équation va changer la donne et mener à un affrontement des clans.
C’est la moins bonne partie du livre. On sent que Day maîtrise le sujet des yakuzas, mais son mélange des genres entre yakuzas, démons et femme-animal est plus brouillon et forcé qu’autre chose.
Sadako fait penser à Halle Berry dans Catwoman (pire film de tous les temps?) et sa relation amour/haine avec Hiroshima Oni est particulièrement clichée. Quant à sa montée en puissance – voulue comme une sorte de calque de celle d’Uma Thurman dans Kill Bill – elle n’est tout simplement pas crédible. (Je me rends bien compte que je viens d’écrire que l’ascension d’une femme panthère dans une organisation yakuza n’est pas crédible, mais vous voyez ce que je veux dire).
Niveau cliché, on atteint des sommets quand Day fait porter à ses yakuzas des cravates à l’effigie de Bagheera, la panthère dans Le livre de la jungle. En lisant ça, j’ai failli fermer le livre et le ramener dare-dare à la bibliothèque.
Et puis, j’ai pensé à la référence à Kill Bill, dans lequel Tarantino empile les clichés des films de kung-fu : le maître acariâtre sur sa colline, avec sa barbe de vieux sage, qui enseigne au pauvre disciple; le coup secret qui n’est révélé à personne; le fait de pouvoir se tenir debout sur un sabre… Tarantino en fait des tonnes, mais, et c’est un grand mais, ça marche. Pourquoi ça marche ? C’est un mystère. Par un million de petits détails qui font que quand le chef des Crazy 88 se jette sur Uma Thurman avec un masque de carnaval sur le visage, ça n’est pas ridicule. C’est cool. C’est du Tarantino.
C’est peut-être ça, le problème de Thomas Day. Il n’est pas Tarantino.
Deuxième axe : les légendes
Le second axe rattrape les limitations du premier. Il est composé de récits de légendes asiatiques inventées par Day. Et là, la sauce prend. Délivré des impératifs de vraisemblance qui minent ce que j’ai appelé le premier axe, Thomas Day construit des histoires prenantes et jubilatoires. Ces pages sont du pur divertissement.
Il y a un côté film d’animation dans ces légendes qui colle très bien au style d’écriture de Day. En annexes, l’auteurliste un certain nombre de livres et de films qui ont été son inspiration pour ce bouquin. À mon sens, il en manque un : Ninja Scroll (quoique Day liste Urotsukidoji, qui est bien plus trash).
Verdict:
Au final, La maison aux fenêtres de papier est un livre assez divertissant qui ne passera pas à la postérité, et qui est sauvé par l’imagination de Day et son écriture énergique. À choisir, j’aurais pris 250 pages de ses légendes.
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[Presque au hasard: Ce livre a été choisi presque au hasard, au gré d'une balade dans les rayonnages d'une bibliothèque ou d'une librairie]
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