L’accueil parisien vu par la BBC

On ne peut pas dire que les Parisiens soient connus pour la qualité de leur accueil. Paris est une ville où tout le monde est toujours à la course, coincé dans le métro, pressé, en retard, énervé, en train de faire la gueule. La plupart des Parisiens vont vous fermer la porte au nez plutôt que de vous la tenir ouverte. Tout cela est vrai.

La réputation de gens bourrus des Parisiens est amplement méritée, mais ils ne sont pas aussi désagréables qu’on le dit. Enfin, sauf avec une certaine journaliste de la BBC, qui raconte dans une chronique ses déboires de cliente à Paris.

Elle explique que, s’étant cassé la jambe lors d’un accident de ski, elle était incapable d’utiliser le métro. Elle a donc tenté de héler un taxi, qui a refusé de la faire monter dans sa voiture.

He drove up, glanced at my plastered leg and drove straight off again shouting: « I don’t take cripples. Your crutches might damage my paintwork! »

La journaliste rapporte également la mésaventure qui est arrivée à un de ses amis. À un étal de fruits, il a demandé à un marchand un kilo de poireaux. Celui-ci lui a répondu:

« They’re at the other end of the stall, » snapped the vendor waspishly. « Take a bit of exercise and get them yourself. »

Pourquoi un tel accueil ?

L’explication que donne la journaliste anglaise pour la qualité déplorable du service en France, c’est l’importance de la notion d’égalité, imprimée dans les valeurs françaises par la Révolution.

The revolution of 1789 has burned the notion of equality deep into the French psyche and a proud Parisian finds it abhorrently degrading to act subserviently.

Elle compare le service français au service reçu en Amérique:

In America, your waiter comes to your restaurant table to tell you his name is Joe. Here, your waiter expects to be addressed formally as Monsieur, in exactly the same way he will address you. It is made clear from the start that no-one has the upper hand. The strict code of manners in Paris is a deliberate class-leveller.

Perhaps Parisians are just being honest. Our American waiter Joe, after all, only promises to give us « good folks a great time » because he wants a terrific tip but, in Paris, providing quality is a matter of personal pride.

Selon moi, c’est là qu’elle touche au nœud du problème. Si les serveurs américains sont si attentionnés – faussement attentionnés, soit dit en passant – c’est parce qu’ils n’ont pas le choix. Payés au pourboire, si le client n’est pas satisfait du service, ils auront travaillé pour des clous. C’est pour la même raison que les serveuses dans les bars en Amérique mettent des décolletés plongeants et portent des jupes courtes… Bref, tout cela est très faux.

En France, le pourboire est inclus dans la consommation. Que le client soit content ou pas – surtout un touriste qui ne reviendra jamais – le serveur s’en fout, il sera payé de la même façon. Quoique, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les Américains soient très appréciés dans les cafés français, puisqu’ils laissent de gros pourboires alors qu’ils n’auraient pas à le faire.

Paris, capitale du tourisme

Quant à l’accueil parisien de manière générale, il ne faut pas oublier que Paris est une ville extrêmement touristique. En 2006, la capitale française a reçu la visite de 27 millions de touristes (44 millions si l’on compte la région Île-de-France). Il est normal qu’avec autant de touristes, il y ait autant de problèmes. « Mo’ tourists, mo’ problems » pour paraphraser (à peu près) Notorious B.I.G.

Permettez-moi de finir sur une note personnelle. Un jour, je me baladais au carrefour du Montparnasse à Paris, un quartier que je connais très bien. C’était le mois d’août, il faisait beau, je n’avais rien à faire en particulier. J’aperçois près d’un kiosque à journaux un couple de touristes qui sont en train de consulter une carte de Paris dépliée. Je m’approche et leur propose mon aide.

- Je peux vous aider ? Can I help you ?

- (En français, d’un ton affreusement désagréable) On cherche la Tour Montparnasse.

- (un peu surpris par la violence de la réponse et la bizarrerie de la question) Ça c’est simple, elle est juste derrière vous.

- Bah, oui, on sait, mais sur la carte ! Ah, voilà ! (se tournant vers son copain) Gérard, c’est par là.

Et, sans refermer leur carte, sans un sourire, et évidemment sans dire merci, le couple est parti.

Certains touristes sont vraiment des abrutis.

(photo)

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5 réponses à L’accueil parisien vu par la BBC

  1. raphaelNo Gravatar dit :

    Il parait que l’endroit au monde ou l’acceuil est le + detestable c’est sur les champs elysées
    C’est aussi a paris que les chauffeurs de taxis collent au cul et klaxonnent des que le feu passe au vert , que les garcons de café vous engueulent qd vous faites mine de commander,qu’on vous fait payer une chambre d’hotel a l’avance,qu’on manque de respect aux vieux..etc etc
    Sans paraitre vieux con je crois que ça n’a rien à voir avec la profession c’est simplement un grave manque individuel d’education.La gentillesse ne semble plus etre une valeur-pourtant on devrait se rappeler que gentillesse a la meme racine que « gentilhomme »un mot qui avait du sens autrefois-..elle a été supplantée par l’ironie-l’intelligence du pauvre- et la goujaterie
    En ce qui me concerne ,comme disait Chateaubriand je crois ,j’ai decidé d’economiser mon mepris il y a trop de necessiteux…

    • Ben VictorNo Gravatar dit :

      « Il parait que l’endroit au monde ou l’acceuil est le + detestable c’est sur les champs elysées » : ça ne m’étonnerait pas du tout que ce soit le cas. C’est aussi un des plus chers, un des plus guindés, où le monde grouille, et où le paraître règne en roi. Je l’évite au maximum, pour ne pas dire que je n’y vais jamais.

      Et je crois que c’est là que le bât blesse. Les touristes s’agglutinent à des endroits où les Parisiens ne vont jamais. À part dans les clubs huppés, dans certains bureaux de poste et quelques taxis, c’est en fait assez rare de se faire traiter comme une merde. Bien sûr ça arrive, mais pas plus qu’ailleurs.

      La phrase « Paris c’est beau, c’est juste dommage qu’il y ait les Parisiens » m’emmerde au plus haut point. Oui, les Parisiens sont grognons, oui, il y a plein de connards, mais c’est normal, on ne peut pas se battre contre l’arithmétique. Avec près de 12 millions d’habitants dans l’agglomération, même si on prend un pourcentage faible (mettons 20%), ça fait quand même 2,4 millions de connards. Alors oui, la possibilité de vivre une mauvaise expérience est élevée…

      Mais, on lit toujours dans les médias que les Parisiens sont insupportables, et ils ne le sont pas tous. Certains sont même très gentils, paraît-il.

  2. SabriNo Gravatar dit :

    Mo’tourists mo’ problems? Pourquoi donc? Dois-je vous rappeler que ce sont ces touristes « problématiques » qui font bouffer une grosse partie des parisiens? Ne serait-il donc pas temps de les traiter avec les égards qu’ils méritent?
    Par ailleurs, je pense que l’anecdote finale n’est pas du tout d’à propos, étant donné qu’il s’agit de touristes français. Je ne pense pas qu’on puisse les mettre sur le même plan que des touristes venus d’autres pays, la différence culturelle n’étant pas aussi grande. Je ne pense pas que cette attitude soit représentative des touristes anglo-saxons qui sont généralement beaucoup plus polis au premier abord que le touriste français lambda.

  3. SabriNo Gravatar dit :

    Néanmoins,j’avoue que l’histoire de pourboire est véridique. Aux States, il faut se battre pour gagner sa vie (Pas de fonctionnariat là-bas!), ce qui rend la vie plus précaire. Mais bon, en attendant on a un meilleur service..

  4. Ben VictorNo Gravatar dit :

    Mo’ tourists mo’ problems, c’est simplement une question de nombre. Plus il y a de gens, plus il y a de problèmes potentiels.

    « Ne serait-il donc pas temps de les traiter avec les égards qu’ils méritent? » On devrait traiter tout le monde de la même façon, touriste ou non : avec courtoisie. Mais ce n’est pas le propos de cet article. Mon idée principale, c’est qu’on n’arrête pas de dire que les Parisiens font un accueil affreux aux touristes, et que ce n’est pas forcément vrai.

    Quant à l’anecdote finale, j’ai pris cet exemple parce que c’est le plus récent dans ma mémoire. L’idée fondamentale, c’est que certains touristes sont des abrutis (et peu importe l’endroit d’où ils viennent).

    Mais, évidemment, certains touristes sont très gentils. Certains Parisiens aussi.

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