Passion simple est un petit livre, très court, faisant moins de quatre-vingt pages. C’est avec ce livre que j’ai découvert l’écriture d’Annie Ernaux.
C’est une écriture crue et directe, qui ne s’encombre pas de fioritures. Une écriture froide et factuelle, presque clinique.
“À partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre que d’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi”.
Or, comme Ernaux parle d’elle – Passion Simple est le récit de la relation qu’elle a entretenu avec un homme marié – on a presque l’impression qu’elle raconte une expérience scientifique dans laquelle elle serait à la fois le cobaye et le chercheur.
Comme un Dr Jeckyll qui s’inocule un sérum pour savoir ce que cela fait que d’être Hyde, mais qui bientôt ne peut plus s’en passer, Annie Ernaux semble vivre sa relation avec cet homme comme un test, comme si elle voulait évaluer sa résistance au phénomène de la dépendance, comme si elle cherchait à répondre à la question suivante : jusqu’à quel point peut-on être attaché, être accro à quelqu’un ?
La passion qu’elle vit avec A., un homme marié, un étranger venant d’un pays de l’est qui n’est jamais nommé, est une passion dévorante. Ernaux passe son temps à attendre qu’A. la contacte et qu’il se présente à son appartement pour coucher avec elle. Elle n’attend pas vraiment, il serait plus juste de dire qu’elle tue le temps, car dans l’intervalle entre deux visites de A., tout lui paraît fade:
“Ainsi, lire dans Vie et destin de Grossmann que “lorsqu’on aime on ferme les yeux en embrassant” me portait à imaginer que A. m’aimait puisqu’il m’embrassait ainsi. Le reste du livre, ensuite, redevenait ce que tout activité a été pour moi pendant une année, un moyen d’user le temps entre deux rencontres.”
Le livre d’Ernaux est la chronique d’une passion qui détruit tous les plaisirs autres que ceux reliés directement à la passion elle-même. Quant A. n’est pas là, Ernaux souffre, elle n’a plus le goût de rien. Et A. est très rarement là.
Et quand il est enfin là, Ernaux voudrait le garder pour ne pas ressentir le vide de son absence. Mais inexorablement, il s’en va :
“Naturellement, je ne me lavais pas avant le lendemain pour garder son sperme”
“Une nuit, l’envie de passer un test de détection du Sida m’a traversée : il m’aurait au moins laissé cela”.
Vraie pensée ou pur esprit de provocation ? Quand je vous disais que l’écriture d’Ernaux était froide…
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