La musique par les maths

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Karen Cheng

Qu’est-ce qui fait qu’un son est agréable à l’oreille? La réponse à cette question, explique Karen Cheng dans cette courte vidéo pour Ignite Seattle, ce sont les maths.

Une note est une onde sonore dont la hauteur correspond à sa fréquence, mesurée en Hertz. Plus le ratio entre deux notes est bas, plus le son nous est agréable. Par exemple, pour deux notes dont les fréquences respectives sont 150 et 300Hz, on obtient un ratio de 2:1, extrêmement plaisant. En revanche, comme le prouve Karen, deux notes dont le ratio est élevé, ici 45:32, vont produire un son dissonant.

Ce qui est incroyable, c’est que cette perception de la « beauté » des sons est universelle. Les bébés dès quatre mois, les chimpanzés, les hamsters et bien d’autres espèces animales affichent une préférence nette pour certains accords.

Écrire sur la musique

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Pensez-vous, comme Martin Mull, qu’ « écrire sur la musique est comme danser à propos de l’architecture » ? Ou estimez-vous, comme Frank Zappa, que  » le journalisme rock est en grande partie produit par des gens qui ne savent pas écrire, qui interviewent des gens qui ne savent pas parler pour des gens qui ne savent pas lire »?

L’aphorisme de Zappa (le plus fort des deux) est clairement exagéré et un bon coup de provoc, dans la plus pure tradition des entrevues outrageuses données par Frank. Je le mets donc de côté.

Quant à l’affirmation de Mull, qui revient à dire qu’il est impossible de parler de musique et d’être pertinent, je suis en total désaccord. Pourquoi serait-il considéré comme un non-sens d’écrire sur la musique, mais pas sur le cinéma, la sculpture, la mosaïque, la chimie organique ou la reproduction des oursins ?

Un bon écrivain/journaliste devrait être capable de décrire n’importe quoi, même les choses les plus abstraites et impénétrables.

Bien sûr, tout le monde n’est pas capable de vulgariser la physique quantique ou de retenir  l’attention en écrivant sur des sports comme le curling ou le ping-pong. Mais Bill Bryson peut vous parler des concepts les plus étranges de la physique de manière limpide et Jean Dion pourrait rendre passionnante une bataille de pouces dans une cour d’école.

Bien sûr qu’on peut écrire sur le monde de la musique. Certains le font même très bien. Parmi la horde de journalistes musicaux talentueux, on retrouve Chuck Klosterman (si vous n’avez jamais lu Sex, Drugs et Cocoa Puffs, sautez dessus sans hésiter), ou encore Alex Ross, du New Yorker.

J’adore, par exemple, le lead de ce portrait de Britney Spears écrit par Klosterman pour Esquire. Pour vous mettre dans le contexte, ça se passe en 2008, Britney est encore la plus grande star au monde et Klosterman la rejoint lors d’une séance photo.

Twenty feet away from me, Britney Spears is pantless. Her sculpted hair makes her look like Marilyn Monroe on a date with DiMaggio, assuming they’re going to Manhattan’s finest pantless restaurant. She’s wearing a sweater that probably costs more than my parents’ house, and her white heels add five inches to her five-foot-four pantless frame. Oh, and did I mention she’s pantless? She’s not wearing any pants.

This is a hard detail to ignore.

Je n’ai aucun intérêt pour le personnage de Britney Spears, sa musique ou sa plastique (trop plastique). Mais après un paragraphe pareil, je suis totalement accroché. Pas vous ?

Techniquement, on ne parle pas ici de la musique de Britney mais du personnage. Les deux sont-ils vraiment dissociables ? Je crois que non: avoir des informations sur la vie d’un auteur, d’un peintre ou d’un musicien apporte un certain éclairage sur son œuvre, et permet une meilleure appréciation – une appréciation avisée – de l’art.

À l’heure où tout le monde peut s’improviser critique musical sur Internet, Alex Petridis dans le Guardian livre un texte à propos de son métier de chroniqueur musical. On y retrouve les conseils suivants :

I’m not sure how much advice I can offer about the actual writing of reviews. I’m pretty certain the more you listen to an album before you review it, the better – repeated exposure to music sharpens your opinions, whether good or bad – and the more you research an album or the artist who made it, the better: the most arcane tangential fact can sometimes illuminate your understanding of it. Beyond that, I wouldn’t for a minute suggest that anything I do as a critic should be viewed in a prescriptive way. I’m not big on close textual reading of the music in a major-triads-in-12/8-time sense, because I tend to view an album as more than a purely sonic experience. Whether you think so or not, your response to an album is often influenced by things other than the actual sound of it.

En bref, écrire une bonne critique musicale est une activité qui demande de la recherche, du temps et un certain recul pour être capable d’aller au-delà du superficiel et du descriptif terne. Une bonne critique ne se contente pas d’analyser la construction de l’oeuvre musicale, elle la met en contexte.

Autrement dit, mieux on connaît son sujet, meilleur est le résultat final.

Et ça, c’est vrai pour à peu près tout.

(photo)

 

L’énigme Kate Bush

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kate bush
Kate Bush n’a pas fait de tournée depuis plus de trente ans mais elle demeure une source d’inspiration pour de nombreuses chanteuses telles que Florence and the Machines, Bat for Lashes, Joanna Newsom ou Goldfrapp.

Découverte à 16 ans par le guitariste des Pink Floyd, David Gilmour, Kate Bush a connu un succès immédiat avec son premier single « Wuthering Heights » sorti en 1978, dont les paroles sont inspirées par le roman éponyme d’Emily Brontë.

Music Matters – Kate Bush (23-3-10) from Music Matters on Vimeo.

En 1979, Kate Bush s’est lancée dans une tournée européenne de grande envergure, qui a affiché complet et ravi les critiques, et beaucoup la voyaient faire un carton aux États-Unis. Mais Bush ne s’est jamais rendue jusque là. La dernière supplémentaire londonienne de la tournée, le 14 mai 1979, sera le dernier concert de Bush. (Elle a bien fait quelques caméos depuis – dont une apparition remarquée lors d’un concert de Gilmour en 2002 – mais ils peuvent se compter sur les doigts d’une main).

Kate Bush a arrêté de donner des concerts alors qu’elle n’avait que 20 ans. Comment expliquer cela ? se demande Graeme Thomson dans un article fascinant du Guardian.
Personne n’a vraiment la réponse à cette question. Ce qui est certain toutefois, c’est que les talents de Kate Bush sur scène ne sont pas à mettre en cause. De l’avis général, sa seule et unique tournée était un tour de force.

Alors pourquoi Bush n’a-t-elle pas profité de son talent sur scène ? Thomson avance plusieurs hypothèses parmi lesquelles on trouve le stress de l’organisation d’une tournée, la volonté d’une vie stable, la recherche de solitude de l’artiste…

À la question « Combien seriez-vous prêts à payer pour voir Kate Bush live?« , des fans se disent prêts à payer jusqu’à 1000 livres sterling. D’autres iraient même jusqu’à offrir un morceau de leur corps en offrande : orteil, doigt, bras… Ils n’auront sans doute pas à aller jusque là : si Bush a résisté à la scène pendant 30 ans, il est fort peu probable qu’elle décide de replonger maintenant.

BONUS: Kate Bush à sa grande époque, avec Babooshka.

Tranche de vie

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Vous travaillez sur ordinateur ? Vous aimez écouter de la musique pendant le travail ? Si vous avez répondu oui aux deux questions précédentes, vous avez sans le moindre doute déjà vécu la scène présentée dans le dessin ci-dessous.

Je ne pense pas me tromper en écrivant que ça m’arrive au moins deux ou trois fois par semaine.

Thesixtyone – Découvrir de la musique de façon aléatoire

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Surfer au hasard sur MySpace pour découvrir de nouveaux groupes est une expérience plutôt désagréable. Esthétiquement, MySpace n’est pas loin de décrocher la palme du site le plus laid de la toile. Les backgrounds choisis par la plupart des artistes sont affreux, quand ils ne sont pas dessinés spécialement pour déclencher chez l’internaute des crises d’épilepsies. De plus, on doit supporter sur MySpace quantité de messages de groupes ou d’individus obscurs qui promeuvent ce qu’ils appellent leur « musique » à tour de bras. « Hi, this is DJ JXYhhh. My new mixtape is out march 5. Check it out ! »

Heureusement, voici Thesixtyone.

Thesixtyone, qui tient son nom de la fameuse autoroute du rock américaine (la Highway 61), est un site sur lequel vous pouvez découvrir de nouveaux artistes de manière aléatoire. Sur chaque page, une seule grande photo et une seule chanson. Le fonctionnement est simple : il suffit de se connecter à thesixtyone et une chanson va démarrer.

Vous ne l’aimez pas ? Utilisez les flèches droite et gauche de votre clavier pour naviguer entre les chansons proposées (la barre espace vous permet de faire play/pause).

Le concept est particulièrement intéressant pour les artistes émergents

On thesixtyone, new artists make music and listeners decide what’s good. We’re nurturing a growing ecosystem where talented folks can sell songs and merchandise directly to their fans. Unlike a record or distribution deal where they only make $1-2 per album (if they ever get paid, that is), artists on thesixtyone make at least $7 per album and are paid every 30 days — no wait for recoupment and no complex royalty schemes!

La définition de la mission de thesixtyone devrait être celle de tous les labels:

thesixtyone, inc. was created in 2008 on the basis of yielding the highest annual dividend of auditory happiness for our shareholders across the universe.

En surfant à l’instant sur le site, je suis tombé sur une chouette reprise de Feel Good Inc., le hit de Gorillaz, signé Jack Conte. Son nom ne me disait rien, mais une recherche sur Google plus tard, j’apprends qu’il s’agit du multi-instrumentiste de Pomplamoose, ce groupe qui fait des « vidéosongs » sur YouTube.

Ces « vidéochansons » fonctionnent selon deux règles

  1. What you see is what you hear. (No lip-syncing for instruments or voice)
  2. If you hear it, at some point you see it. (No hidden sounds)

En pratique, ça donne ça:

Reprise de Single Ladies de Beyonce

Le thème de James Bond

Comment la musique de Twin Peaks a été composée

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La musique d’Angelo Badalamenti est un des éléments qui constituent à donner à la série Twin Peaks son atmosphère si particulière. Le thème d’intro, la scène où Audrey danse devant le jukebox, ou encore la scène où le nain danse dans la chambre rouge, sont autant de séquences cultes qui fonctionnent grâce à la combinaison du génie visuel de David Lynch et de la musique de Badalamenti.

Comment la musique de Twin Peaks a-t-elle été composée ?

Dans la vidéo ci-dessous, Badalamenti s’installe derrière son Fender Rhodes et explique comment David Lynch et lui ont mis au point un des morceaux les plus emblématiques de la série : Twin Peaks Love Theme.

Badalamenti était assis devant son clavier, Lynch était à sa droite. Posé sur le Rhodes, un magnétophone à cassettes était enclenché. David Lynch s’est mis à donner des indications au musicien, à lui décrire les images qu’il avait en tête, les ambiances qu’il voulait créer. Immédiatement, Badalamenti a commencé à jouer.

La fin de la vidéo est exceptionnelle. À défaut de meilleur mot, je dirais que c’est une fin « Lynchienne ».

I said « OK David, I’ll go home and I’ll work on it. » He said « Angelo, don’t do a thing and don’t change a single note. I see Twin Peaks. »

(Via)

Les instruments de musique du futur

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La table lumineuse que vous pouvez voir ci-dessus n’est pas un jeu vidéo, c’est un instrument de musique. Appelée « Reactable« , cette table conçue par une équipe de l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, est utilisée entre autres par Björk. Chaque palet ou cube – appelé module – posé sur la table permet de créer et de faire varier les sons. Plus exactement:

Les quatre principaux groupes de modules de la Reactable sont les générateurs sonores, les filtres ou effets, les contrôleurs et les objets globaux. Les générateurs de sons créent des sons qui peuvent être modifiés grâce à des filtres. Les contrôleurs, qui incluent des modules comme des oscillateurs de basse fréquence ou des step-sequencers, peuvent modifier de manière dynamique le comportement des objets auxquels ils sont connectés. Les objets globaux affectent les paramètres globaux de la table, comme le nombre de battements par minute (BPM), le volume, ou même la structure harmonique. Tous les paramètres peuvent être contrôlés en tournant les objets comme s’ils étaient des boutons, ou en utilisant des contrôleurs.

Pour voir la table en action,  je vous invite à regarder ce reportage tiré de l’émission Tracks sur Arte. Vous y découvrirez  d’autres instruments de musique futuristes tels que le Karlax – une sorte de bâton/clarinette électronique –   ou le Tenori-on, une grille de 16×16 permettant de jouer de la musique de manière visuelle (un peu à la manière du Monome).


La guitare du futur

Je vous parlais il y a peu de la guitare Guitar Hero de Wayne Coyne, le chanteur des Flaming Lips. Voici d’autres candidates au titre de guitare du futur.

1) La guitare avec Kaoss Pad intégré

Matthew Bellamy, le guitariste de Muse, est le premier à avoir intégré un Kaoss Pad – un générateur d’effets en temps réel sous forme d’écran tactile – directement dans sa guitare. (Allez à 3:00)

2) La Misa Digital Guitar

Une guitare entièrement digitale, sans cordes, qui se joue en promenant le doigt sur un écran tactile. C’est une sorte de version survitaminée de la guitare précédente. Mais sans cordes, est-ce qu’on peut encore appeler cet instrument une guitare, ou est-ce seulement un synthé en forme de guitare ?

(Hors catégorie) La nerd guitar

Le corps est construit à partir d’une console Nintendo NES, les boutons de contrôle de tonalité sont des figurines de Donkey Kong et de Luigi, tandis que le volume et le sélecteur de micro sont des Mario. La crosse est une cartouche Nintendo. (Via)

De vieilles K7 transformées en art

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clash

Avec le temps, les nouvelles technologies écrasent les anciennes, plus efficaces et plus pratiques. Le mp3 grignote de plus en plus de parts du gâteau du CD, qui avait en son temps fait disparaître la cassette audio. Seul le vinyle, porté par les puristes de la qualité sonore et par les DJs, tire son plastique du jeu.

Pour écouter une cassette aujourd’hui, il n’y a que trois raisons possibles. 1) que l’enregistrement soit tellement rare qu’il n’existe plus que sur ce support 2) que l’enregistrement ait une valeur sentimentale 3) que votre autoradio antique n’accepte que les K7.

Les ados d’aujourd’hui n’ont probablement jamais vu un Walkman. C’est en tout cas ce que tendrait à prouver cette expérience menée par la BBC où Scott Campbell, 13 ans, a échangé son iPod contre un Walkman pendant une semaine. Il lui a fallu trois jours pour réaliser que la cassette avait deux faces :

It took me three days to figure out that there was another side to the tape. That was not the only naive mistake that I made; I mistook the metal/normal switch on the Walkman for a genre-specific equaliser, but later I discovered that it was in fact used to switch between two different types of cassette.

La cassette disparaît et c’est dans l’ordre des choses : c’est une technologie totalement dépassée.

Un nouveau souffle pour la cassette

Si elle n’a plus vraiment d’utilité en tant que support musical, la K7 audio peut se transformer en art. Erika Iris Simmons – alias iri5 – utilise les bandes magnétiques pour réaliser des portraits de musiciens célèbres. Elle appelle ce projet Ghost in the machine ( L’esprit dans la machine ).

jimi

waits

hitchcock

bob marley

Dans un tout autre style, on retrouve le travail de Brian Dettmer, qui fait fondre des cassettes pour les transformer en sculptures.

skull2 skull

 

 

Le hip-hop, c'est une histoire de fesses

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Fernanda Viégas et Martin Wattenberg ont réuni plus de 10 000 chansons et ont cherché dans celles-ci tous les mots se rapportant à des parties du corps humain. Ils ont compilé les données, transformé les chiffres bruts en une iconographie compréhensible au premier coup d’oeil et classé les chansons par genre : musique alternative, blues, hip-hop, jazz, country, electro, folk, gospel, métal, R&B et rock.

Le résultat de tout ce travail est Listen, une sorte d’autopsie du corps humain dans la musique, où l’on apprend quelles sont les parties du corps les plus chantées selon les genres musicaux. Par exemple :

Rock : Oeil (11,83% des chansons), Main (9,4%), Visage (7,5%)…

Hip-hop : Fesses (23,64%), Tête (22,81%), Main (21,79%)…

Blues : Main (8,93%), Tête (8,04%), Bras (5,36%)…

Mais on peut aussi retourner le tout. Vous voulez savoir quel est le pourcentage de chansons electro où l’on parle de dents ? (0,47%) Le pourcentage de nombril dans la musique alternative ? (0,15 %)

Ou encore, question fondamentale, vous êtes curieux d’apprendre quelle est la proportion de synonymes de testicules utilisés dans la musique métal ?

Ça, je vous laisse le découvrir vous-mêmes.

(Via)

Music War – Hipsters vs. the World

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Vous l’ignorez peut-être, mais un combat titanesque se tient dans le monde de la musique au moment même où je vous écris. Les deux adversaires sont sur le ring depuis des années.

Dans le coin gauche, Ray-Ban sur le nez, jean skinny noir, Kedds noires et t-shirt de Joy Division tout aussi noir, se tient le hipster. Il serre les poings, qu’il a maigres. C’est le tenant du titre.

Dans le coin droit, jean assez large pour ne pas lui comprimer les testicules, chemise un peu trop grande, allure quelconque (il ne travaille pas son look), se trouve le type qui n’appartient à aucune tendance. Son mouvement à lui n’a pas de nom. Puisqu’il faut bien le nommer, appelons-le “musicophage”.

Le hipster et lui se haïssent cordialement et se battent depuis des lustres pour le droit exclusif de définir ce qu’est la bonne musique. Mais le musicophage vient de prendre un mauvais coup. Dans une chronique intitulée How to ruin music, sur le blog du magazine Vice, le hipster lui a décoché, avec verve, cynisme et une bonne dose d’humour noir, un gros uppercut dans les dents :

Making great music is easy. All you need is a lot of booze and someone else with a lot of booze to listen to you make up songs about people within earshot off the top of your head.
Making terrible music, on the other hand, takes fancy instruments and years of music lessons and skill and self-confidence and expensive pants and dynamic range compression and influences and autotuners and blow jobs and publicists and sincerity. Really, unless you’re friends with Steve Vai or something, it’s kind of more trouble than its worth.

Et ce n’est que le début de l’article. Pour Vice, la pire insulte, c’est quand on reprend une bonne chanson et qu’on y rajoute un solo de guitare :

It’s akin to watching a copy of Vertigo that’s been intercut with spliced stills of child pornography.

Surtout si ce solo est blues, se trouve dans une chanson de David Bowie, et est joué par Stevie Ray Vaughan:

The crowning example [...] is the David Bowie bootleg Dallas Moonlight On April 27, 1983, Stevie Ray Vaughan–living embodiment of how abjectly corny blues music can be and the only person whose death I have ever fantasized about witnessing–joined Bowie on a soundstage in Texas to personally destroy 29 of the man’s greatest hits.

Que le solo de guitare n’ait pas la cote dans la bonne société des hipsters (BSH), ce n’est pas nouveau. Dans la BSH, c’est l’incarnation du kitsch suprême, et il est de bon goût de déféquer sur n’importe quelle chanson qui en contient un. Mais ce coup-ci, l’attaque est particulièrement violente et les réactions outragées fusent dans les commentaires :

“This is one of the most disrespectful, poorly written pieces of garbage I’ve ever read[...]. Love or hate Stevie Ray Vaughan, but to sit here and discredit his OBVIOUS level of talent is mind boggling. Everything he did with Bowie was far from in poor taste, it was in fact the exact opposite. « Corny white guy blues »? Go to your local pub and listen to a 50 year old balding douche bag who has his signature Clapton model Strat that he sanded the finish in his garage so it looked like he played it for 25 years. Then you’ll hear corny white guy blues. I’m sorry, but if you cut records with Albert King, and sat on stage with the likes of BB King, Etta James, Chaka Khan and other folks of that nature, then by my book you’ve got some fucking soul.” (Anonymous)

“it’s become a fad in music criticism to shit on any form of blues. to say that a band is inspired by hendrix or zeppelin is to say that they’re boring throwbacks, while only fashionable bullshit like grizzly bear and animal collective is worthy of THE DISCERNING AND SOPHISTICATED HIPSTER.” (Anonymous)

Calmons nos esprits et prenons un peu de recul

(où l’auteur essaie de faire la part des choses)

David Bowie est un héros pour la BSH, qui adore sa trilogie berlinoise (Low, “Heroes”, Lodger) et, de manière générale, tout ce qu’il a touché, de près ou de loin. Même les pires épisodes de sa carrière – dont la quasi-totalité de sa filmographie – sont auréolés d’une certaine gloire. Il s’agit de Ziggy Stardust après tout.

Comme Madonna, David Bowie est un faiseur de tendances. Son habileté à découvrir les talents est légendaire. Quand il a rejoint sur scène Placebo ou Arcade Fire au début de leurs carrières, l’événement a été perçu comme un adoubement par la presse musicale : le seigneur anglais venait d’apposer son sceau sur ses enfants spirituels.
This is Major Tom to ground control – These bands rock – End transmission.


Or, douce ironie, c’est David Bowie lui-même qui a “découvert” Stevie Ray Vaughan, le guitariste honni par Vice. C’est d’ailleurs Vaughan qui joue de la guitare sur le plus grand succès de Bowie dans les charts, Let’s dance.

(La légende raconte que Vaughan était furieux quand il s’est rendu compte que Bowie mimait ses riffs de guitare dans le clip.) En 1983, n’en déplaise à Vice, le jeu de guitare de Stevie Ray Vaughan était à la pointe de la mode.

La guitare solo en disgrâce

(où l’auteur révèle un passé honteux)

Il n’y a rien de plus emmerdant qu’un interminable solo de guitare ultra-technique, plein de tapping, de hammer-ons et de pull-offs, un solo où la vitesse et la virtuosité priment sur la mélodie, où le guitariste bouffe tout l’espace sonore pour sa séance d’échauffement des phalanges. Je sais de quoi je parle, j’ai été ce type-là.

Quand j’avais 14-15 ans, je jouais de la guitare cinq heures par jour et j’admirais Steve Vai, Joe Satriani et consorts, tous ces musiciens dont je ne suis plus capable d’écouter la moindre composition. Aujourd’hui, ces guitar hero m’apparaissent comme l’équivalent musical de l’émission Pimp My Ride : bien que je considère qu’il n’y ait rien d’aussi ridicule qu’une voiture tunée, je suis prêt à reconnaître que les mécaniciens de l’émission font des choses incroyables avec des vieux de tas de boue. Mais, s’ils maîtrisent parfaitement la mécanique, ça ne veut pas dire pour autant qu’ils ont du goût.

Ado, j’aimais tous ces guitaristes au jeu hyper technique. Je voulais être capable de jouer comme eux des riffs sur sept octaves, des solos en sextolet à 160 bpm, derrière la tête, avec les dents. Et puis j’ai découvert Pink Floyd et ça a été le choc. Le guitariste de Pink Floyd, David Gilmour, est un musicien tout en réserve, en rythme et en silences. Au lieu de jouer 600 notes à la minute, il va en jouer douze, mais ces douze notes seront parfaites, placées exactement à l’endroit où il faut. Ce fut une révélation. Le solo n’avait pas besoin d’être diarrhéique mélodiquement, de dégouliner de notes, pour être excellent.

Peu de temps après, j’ai plongé les oreilles dans le trip hop via Portishead d’abord, puis Massive Attack, une musique sans guitare (ou presque) qui m’a plu instantanément, musique pleine d’une charge émotionnelle sombre et pesante, mais aussi sensuelle et chaude. Je réalisai que la musique pouvait avoir du “feeling” sans guitare.

Et puis en 2000, Radiohead a sorti Kid A et l’heure de gloire de la six cordes était arrivée à son terme.

La mort du solo ?

(où l’auteur exprime ses doutes)

Le guitar hero de 2010, c’est celui qui se joue devant sa télé avec une guitare en plastique. Wayne Coyne, le leader des Flaming Lips l’a bien compris : il a remplacé un des des manches de sa guitare par le manche en plastique d’une guitare-jouet.

I’ve constructed this great looking guitar hero double-neck guitar thing here because there’s a lot of kids out there that think “This is actually how you play guitar now. You just press a series of 4 or 5 buttons and sort of different sequences and it makes every sound that the guitar could make”

L’époque est incontestablement aux sonorités électroniques et aux synthés. Les sons des années 80 sont au goût du jour, alors qu’il n’y a pas encore si longtemps, ils étaient considérés comme la honte de la musique. Ce sont les aléas de la mode.

Quant à la virtuosité à la guitare, elle n’est plus acceptée que pour certains artistes tels que Marnie Stern ou les Dirty Projectors, sans qu’on sache vraiment trop ce qui leur confère un tel traitement de faveur. Le solo de guitare est victime du pouvoir de la mode et de la dictature du cool.

Je suis toujours étonné de voir que les mêmes hipsters qui conchient le solo de guitare sont des adorateurs de groupes bizarroïdes comme Battles. Entendons-nous bien : Mirrored de Battles était un des grands albums de l’année 2007, avec un jeu de batterie époustouflant et une production aussi réussie que la photo qui orne la pochette (probablement un des meilleurs artworks de l’histoire du rock). Mais la voix sur cet album est insupportable : une voix retouchée et altérée jusqu’à en faire une parodie de la Schtroumpf Party 4 qui me donne envie de m’arracher les tympans avec la première chose qui me tombe sous la main – tiens un stylo bille, pourquoi pas ? – juste pour que ça s’arrête. La voix dans Battles est cool aujourd’hui, mais je ne serais pas étonné qu’elle soit considérée comme affligeante d’ici quelques années.

Ceci étant dit, la haine des hipsters envers le solo de guitare se justifie parfaitement dans certaines conditions. Comme je l’ai écrit plus haut, un solo ultra-technique est fondamentalement inintéressant, parce qu’il place la performance du guitariste au-dessus de la chanson elle-même. Car au final, la seule chose qui importe vraiment, c’est la qualité de la chanson dans son ensemble.

Or, pour faire une bonne chanson, il n’existe pas de recette miracle. Prenez des excellents musiciens, un producteur de renom, un ingénieur du son génial, embauchez un crack pour faire le mix, mélangez bien le tout, et vous obtiendrez peut-être un album nullissime. Parce qu’en musique, le tout est différent de la somme des parties.

La définition d’une chanson réussie que donne David Desjardins du Voir Québec est très juste :

Alors voilà, disons-le: une chanson réussie, c’est de l’alchimie. Ça ne se compte pas en notes. Ni en émotions, autre piège courant des critiques et du public qui tombent pour la facilité des manipulations lacrymales.

Une chanson réussie a une âme, c’est un lieu dans lequel l’artiste nous permet d’habiter pour trois, quatre, cinq minutes. On s’y sent bien ou mal avec lui. Il s’y échange un truc, indicible, un épisode de vie, une manière d’envisager le monde.

Très souvent, les solos de guitare défigurent les chansons comme un bouton au milieu du front : c’est moche, inutile et on ne voit que ça. Mais parfois, les solos font partie intégrante de la chanson, ils sont sa structure, son squelette. C’est alors qu’ils fonctionnent le mieux.

Plusieurs exemples :

Jockey full of bourbon de Tom Waits, où le jeu de guitare de Marc Ribot est l’épine dorsale de la chanson

Autre exemple marquant, Marquee Moon de Television. Plus de 10 minutes de bonheur, de la guitare partout, mais la sauce prend:

Paranoid Android de Radiohead. Une chanson qui selon le magazine NME « [p]ossesses one of the most unorthodox ‘axe’ solos known to mankind. »