Il ne faut pas se moquer de Dan Brown

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Le célèbre auteur du Da Vinci Code sort un nouveau livre ces jours-ci, un prétexte parfait pour Michael Deacon du Telegraph pour pondre un texte génial qui déballe adroitement tout ce qu’il y a à reprocher au style littéraire de Dan Brown.

Extrait:

The critics said his writing was clumsy, ungrammatical, repetitive and repetitive. They said it was full of unnecessary tautology. They said his prose was swamped in a sea of mixed metaphors. For some reason they found something funny in sentences such as “His eyes went white, like a shark about to attack.” They even say my books are packed with banal and superfluous description, thought the 5ft 9in man. He particularly hated it when they said his imagery was nonsensical. It made his insect eyes flash like a rocket.

C’est un bijou.

Les Chefs!

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Autant le dire tout de suite : Les Chefs!, c’est de la téléréalité trois étoiles. On est bien loin de l’insignifiance écervelée des pin-up en bikini et des six pack sur pattes d’Occupation Double.

On est loin aussi du bling et des strass de Star Académie. Difficile d’imaginer une émission plus dégoulinante de bons sentiments et de mièvrerie que Star Académie, un programme dont le but final est de vendre du prémâché et du prédigéré aux vieilles matantes qui « veulent la toune de la télé ».

Les Chefs! , en revanche, n’ont rien à te vendre. Enfin, si on excepte une incitation assez claire à boire de la Rickard’s. Je ne sais pas si vous avez remarqué la formule (hilarante) pour placer la Rickard’s dans le show au début de la saison.

Après le défi final et qu’un des candidats se soit fait éliminer, Daniel Vézina avait coutume dire quelque chose comme : « Bravo la brigade, vous avez bien travaillé ce soir, vous avez mérité une bonne bière. » Sitôt dit, il coulait à tous les apprentis-chefs une Rickard’s pression. Un plan de caméra sur la tireuse à bière (logo Rickard’s). Un plan sur le liquide qui glisse sur les rebords du verre (logo Rickard’s sur le verre). Un plan sur l’équipe qui trinque (multiples logos sur les verres). Un plan rapproché sur un membre de la brigade qui prend une gorgée. On ira parfois même jusqu’à zoomer sur un apprenti-chef qui laisse échapper un « ahhh » de contentement. Procédé subtil. Trop subtil, peut-être : dans les trois derniers épisodes, ce placement de produit a quasiment disparu, remplacé (parfois) par de la pub traditionnelle.

La critique

J’apprécie particulièrement à propos des Chefs! que les juges n’hésitent pas à descendre en flèche un plat qui ne leur a pas plu. C’est que, voyez-vous, même dans une émission de téléréalité, un juge ne sert à rien s’il n’est pas honnête, s’il ne dit pas ce qu’il pense vraiment.

La franchise des Chefs! tranche avec ce qu’on pouvait voir dans Le Match des Étoiles où des juges s’extasiaient, parfois jusqu’au bord de l’orgasme, sur les performances boiteuses de célébrités. Je comprend la nécessité de ne heurter personne, surtout pas des vedettes. Mais la crainte de déplaire est une chose, la flagornerie, une autre. Si la prestation est merdique, les juges devraient pouvoir le dire, ne serait-ce qu’au second degré, avec humour.

Pas besoin d’être grinçant comme peut l’être l’animateur de Top Gear, Jeremy Clarkson, même si son côté crû et ses opinions tranchées sont un des attraits majeurs du meilleur show automobile actuel :

This is the Renault Espace, probably the best of the people carriers.  Not that that’s much to shout about.  That’s like saying ‘Ooh good I’ve got syphilis, the BEST of the sexually transmitted diseases.’

Clarkson n’hésite pas non plus à s’attaquer à des vaches sacrées du monde automobile. Sa désaffection des Porsche en général, et de la Cayenne en particulier, est notoire :

Honestly, I have seen more attractive gangrenous wounds than this. It has the sex appeal of a camel with gingivitis.

Dans les Chefs!, si le plat est franchement mauvais, les juges n’hésitent pas à le dire. Cette honnêteté est rafraîchissante. Presque autant qu’une Rickard’s white, qui coule, je vous le rappelle, à longueur d’année.

La critique dans les Chefs! est la plupart du temps constructive. À part une très rare et affreusement directe indication « d’un manque d’amour » dans la préparation d’un plat, la critique prend souvent la forme d’une indication de la marche à suivre pour s’améliorer : manque d’assaisonnement, de sauces ou les deux, mauvais équilibre des saveurs, cuisson mal maîtrisée, mauvaise technique… Les commentaires sont argumentés, pratiques, avec pour but de corriger les défauts et d’élever les apprentis-chefs.

Nos limitations de téléspectateurs

Toutefois, un truc me dérange avec les Chefs! À chaque début d’émission, on présente aux candidats un produit (parfois peu courant, comme la lotte) et on leur donne une consigne, par exemple – j’invente – incorporer dans la recette du potiron, du chocolat et une asperge verte.

Ils disposent ensuite de cinq minutes pour construire le plan de leur recette, et d’une à deux heures pour la réaliser sous le regard de Normand Laprise, Pasquale Vari et Jean-Luc Boulay. Ce sont tous trois des professionnels qui scrutent ce qui se fait en cuisine, à la recherche des bons coups bien-sûr, mais aussi des erreurs – très nombreuses – commises par les participants.

Or le fonctionnement de l’émission favorise les bourdes. La pression de la compétition qui force les candidats à expérimenter, la présence des caméras qui augmente leur niveau de stress, la contrainte de temps, les consignes à respecter (dont celles rajoutées parfois en cours de route. ex : une demi-heure de moins pour préparer la recette…) et, surtout, le fait de se retrouver devant un produit à cuisiner qu’ils ne sont pas forcément habitués à travailler sont autant de facteurs qui contribuent à multiplier le nombre d’erreurs commises par les participants.

Vous allez me dire : « Les candidats sont des cuisiniers de formation, ils devraient pouvoir cuisiner n’importe quoi !  » Pas exactement. Ils sont cuisiniers certes, ils ont des connaissances de base et même beaucoup plus, mais ils ne maîtrisent ni toutes les techniques,  ni tous les aliments. La cuisine gastronomique est un art subtil et délicat, un mélange de techniques acquises par l’expérience (comment vider des oursins,  dépiauter un saumon…), de connaissances culinaires (quels ingrédients utiliser en quelle quantité pour réaliser un plat, quelle cuisson choisir pour tel ou tel aliment…), de talent pour expérimenter et oser, et d’amour du métier.

Si tu n’as jamais préparé de palourdes de ta vie, tu peux essayer de t’en sortir, mais tu ne peux pas inventer la technique correcte. Ça ne s’improvise pas. Trop souvent, en regardant les Chefs!, j’ai l’impression que c’est pourtant ce qu’on demande aux candidats (pas la préparation de palourdes, l’improvisation de techniques qu’ils ne maîtrisent pas).

Comme si on leur disait  » Aspirants chefs, vous connaissez tous l’alphabet sur le bout des doigts. Eh bien aujourd’hui, les juges ont décidé que votre défi de la semaine serait de parler tchèque. Vous avez deux heures. »

Il me semblerait bien plus intéressant qu’on annonce à l’avance aux aspirants-chefs quel sera le produit vedette. Ça leur permettrait de faire des recherches sur les meilleurs accords, de potasser les techniques de cuisson, de chercher à construire des plats de la mort en laissant totalement parler leur créativité. On éviterait, ou du moins on limiterait, les erreurs de débutants liées à une méconnaissance des techniques culinaires de base pour la préparation des aliments en question. On gagnerait beaucoup en flamboyance.

Dans l’état actuel des choses, l’émission favorise l’instinct et les connaissances acquises dans le passé plutôt que de miser sur l’inventivité et le travail de recherche et de développement.

Mais je doute que les producteurs de l’émission passent un jour à la formule que je suggère ici. Quinze aspirants chefs qui font des plats hallucinants de cuisine moléculaire sont moins divertissants qu’une brigade au sein de laquelle un cuisinier brûle son plan de travail, surcuit ses pâtes, réalise une sauce fade en détruisant totalement le produit qu’il devrait mettre en valeur…

En clair, ce que les téléspectateurs veulent voir, ce n’est pas de la cuisine de haut vol. Ce qu’on veut, c’est que les candidats se plantent. Ça crée de la tension, du stress, du drame.

Et c’est un peu triste à dire, mais ça fait de la meilleure télé.

John Kerry critique les médias américains

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Il dénonce particulièrement le fait que, sous couvert d’objectivité, les médias américains donnent une place égale à tous, en dépit du bon sens. En clair, il accuse les médias de propager les déclarations du Tea Party, qui sont très souvent fausses, souvent ridicules, parfois délirantes.

And I have to tell you, I say this to you politely. The media in America has a bigger responsibility than it’s exercising today. The media has got to begin to not give equal time or equal balance to an absolutely absurd notion just because somebody asserts it or simply because somebody says something which everybody knows is not factual.

It doesn’t deserve the same credit as a legitimate idea about what you do. And the problem is everything is put into this tit-for-tat equal battle and America is losing any sense of what’s real, of who’s accountable, of who is not accountable, of who’s real, who isn’t, who’s serious, who isn’t?

Via

Les chaînes d'info en continu s'en prennent plein la tronche

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Après Charlie Brooker, qui avait explosé tous les codes établis du reportage télévisé, voici venir The Onion et sa critique acerbe des chaînes d’information en continu.

Comment font ces chaînes pour remplir les inévitables trous dans les 24 heures de leurs grilles de programmation ? En couvrant des événements sans intérêt, ou plutôt, selon les mots de The Onion, des « conneries qui se sont déroulées quelque part » (some bullshit happening somewhere).

En vidéo, voilà ce que ça donne.


Breaking News: Some Bullshit Happening Somewhere

Génial.

Et on est pas si loin de ce vrai reportage sur l’apparition d’un ours brun diffusé à la télé locale de Cleveland. Reportage qui a probablement été une source d’inspiration pour celui de The Onion.

(via)

Heligoland, le nouvel album de Massive Attack

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Le retour

Sept ans après 100th Window, réalisé par le seul (3D) Del Naja, Massive Attack livre enfin un autre disque, enregistré dans le studio londonien de Damon Albarn.

Ce délai très long séparant les deux derniers albums aura laissé le temps à Grant Marshall (alias Daddy G) de revenir dans le groupe, qu’il avait quitté pendant l’enregistrement de 100th Window.

Mais en sept ans le trip-hop, genre dont Massive était le chef de file, a largement amorcé sa descente dans les eaux de l’oubli. Est-ce que ce genre de musique est encore d’actualité en 2010 ?

Se renouveler comme Portishead

L’autre groupe phare du mouvement trip-hop, Portishead, a réussi à se renouveler avec la sortie en 2008 de Third.

Third, un album froid et plein d’une tension contenue, était beaucoup plus agressif que ce à quoi Portishead avait habitué ses auditeurs. Le disque a pris tout le monde par surprise et fait découvrir la bande de Beth Gibbons à une nouvelle génération d’oreilles. Ce fut un grand succès critique et commercial.

Massive Attack n’a pas tenté de reproduire l’exploit de Portishead. Il suffit d’une écoute pour se rendre compte qu’Heligoland n’a rien de révolutionnaire. Ça n’en fait pas un mauvais album pour autant, loin de là.

Du pur Massive Attack

Heligoland s’inscrit en droite ligne des précédents disques du groupe. Il en reprend toutes les grandes caractéristiques : des chansons longues et planantes où la basse est omniprésente (je me souviens d’un concert de Massive à Bercy où la basse était tellement forte que j’ai eu l’impression que mon coeur ne savait plus quand il devait battre), des collaborations avec des voix prestigieuses (Horace Andy, l’ami de toujours, mais aussi Tunde Adebimpe de TV on the radio, Damon Albarn…), des mélodies aux ambiances sombres…

Rien de vraiment nouveau sous le soleil, mais le fan de la première heure ne sera pas déçu. En fait, ce disque de Massive est comme un vieil ami, perdu de vue depuis des années, qu’on retrouve par hasard et avec lequel on se met à causer comme si on venait de se quitter. Au fil de la discussion on s’aperçoit que, malgré le temps qui a passé, on est toujours aussi potes.

Et ça fait du bien de se revoir.

Écoutez l’intégralité d’Heligoland, le nouvel album de Massive Attack, en streaming gratuit sur le site de NPR jusqu’à la sortie officielle du disque, le 9 février.

La meilleure critique d'Avatar

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Tout le monde s’entend pour dire qu’Avatar est visuellement incroyable et que ce sont les images qui portent le film, pas le scénario. Un scénario qui, trop lisse et plein de bonnes intentions, est quasiment considéré comme une copie de celui de Pocahontas.

Tout le monde s’entend pour le dire, mais personne ne l’a si bien dit que Pinklett, dont la critique d‘Avatar dans les deux vidéos ci-dessous sera le meilleur investissement de 20 minutes dans toute votre journée, je le garantis.

À la fois drôle et censé, Pinklett appuie sur les faiblesses du film avec perspicacité et humour.

« In the story, a Marine who got crippled and is in a wheelchair is patched into the brain of a human hybrid alien thing from a race called Na’Vi, which is like Blue Man Group meets black people. So, the point of all this is really to make us sympathetic to the Na’Vi, so that in the end we all can get hit over the head with some kind of anti-technology, anti-military and anti-corporate message.

All I really came to see was that blue chick’s tits ».

Pinklett ne se contente pas de montrer ce qui ne marche pas dans Avatar, il décortique également ce qui a fait le succès du film, notamment dans la création visuelle des Na’Vi. C’est fascinant (et je vous laisse le découvrir dans les vidéos).

Sa conclusion est particulièrement bien sentie:

« The ultimate irony with Avatar is that for all the time and money spent to make this movie in 3D, the story and all the characters were still stuck in one dimension. »

Le film en 3D de James Cameron a déjà battu tous les records au box office en engrengeant des recettes qui dépassent déjà les deux milliards de dollars. Il a également raflé deux Golden Globes dont celui du meilleur film, et est nominé neuf fois aux Oscars.

Supergrass + Nigel Godrich = The Hot Rats

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Deux des membres du groupe anglais Supergrass se sont adjoints les services de Nigel Godrich, producteur de Radiohead et de Beck (parmi tant d’autres), pour réaliser un album sous le nom de The Hot Rats.

Si le nom du groupe est un hommage à Frank Zappa, le disque, intitulé Turn Ons, est un album de reprises directement inspiré de Pin ups de David Bowie.

Les Hot Rats s’attaquent à de grands classiques du rock et de la pop : Drive my car des Beatles, Bike de Pink Floyd, Lovecats de The Cure… et malheureusement n’apportent rien de nouveau. On a l’impression d’entendre un de ces groupes qui se contentent de jouer des reprises pour satisfaire les clients bourrés d’un bar crade, parce qu’ils se sont fait huer à chaque fois qu’ils ont tenté d’interpréter une de leurs propres compos.

Ce n’est pas tant que les reprises soient mauvaises… On se demande juste où est l’intérêt pour l’auditeur quand le groupe reprend des chansons presque à l’identique, avec pour seule différence notable un son de guitare plus lourd, rappelant celui de Jack White des White Stripes.

Prise de risque minimale

Le groupe ne prend quasiment aucun risque, se limitant à jouer un peu plus vite et un peu plus fort des chansons qui auraient mérité un autre sort : Love is the drug (Roxy Music), Pump it up (Elvis Costello), Damaged Goods (Gang of four) et la grande majorité des pièces de l’album rentrent dans cette catégorie.

Quelques-unes sortent tout de même du lot. La reprise d‘I can’t stand it du Velvet Underground, si elle n’a rien de radical, a au moins le mérite d’être efficace et de remettre au goût du jour une chanson peu connue du répertoire du Velvet.

Mais – oh surprise ! – c’est quand ils se mettent en danger que les Hot Rats livrent leur meilleur matériel. Leur version de The Crystal Ship vaut qu’on y jette une oreille, ne serait-ce que pour la distorsion monumentale et psychédélique qui la traverse. Cette version est beaucoup plus violente que l’originale, douce et poétique, signée The Doors.

Quant à leur reprise de (You gotta) Fight for your right (To party!) des Beastie Boys, c’est de loin la plus ambitieuse et la plus intéressante. Transformer cet hymne hip-hop en un rock mené par une voix de fausset, il fallait oser. Le résultat en images, chez David Letterman.

Écoutez l’album des Hot Rats en streaming ici

Every day the same dream – Un jeu qui fait réfléchir

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Every day the same dream ne ressemble pas aux jeux flash que vous connaissez. Ici, pas de pièces à ramasser, de ballons à crever ou de bestioles à tuer. Every day the same dream est un jeu en forme de réflexion sur le monde du travail; peut-être le premier jeu qui émet une critique sociale.

Le créateur du jeu Paolo Pedercini explique:

« Every day the same dream” is a slightly existential riff on the theme of alienation and refusal of labor. The idea was to charge the cyclic nature of most video games with some kind of meaning (i.e. the “play again” is not a game over). Yes, there is an end state, you can “beat” the game.

Le concept

On se réveille en sous-vêtements dans un univers en nuances de gris, à côté d’un réveil qui clignote. Il est temps de se préparer à aller au boulot. Costume standard, embouteillages, retard, bureaux à aire ouverte… Le monde du travail est une routine grise et infinie, ou peut-être que non?

Le game play

Un peu à la manière de l’excellent Canabalt, le game play est simplifié à l’extrême : on ne peut se servir que des flèches gauches et droites et de la barre espace.

Every day the same dream ne ressemble à aucun autre jeu et c’est là son intérêt. Ce n’est pas si souvent qu’on sort d’un jeu flash transformé (autrement qu’en ayant battu le record de hauteur à Hedgehog Launch)

Pour jouer, c’est ici:

Il n’a fallu à son créateur que 6 jours pour créer ce jeu. J’ai hâte de voir ce qu’il pourrait faire en six mois…

(PS: Il est possible de « finir » le jeu. Si si.)