Les Chefs!

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Autant le dire tout de suite : Les Chefs!, c’est de la téléréalité trois étoiles. On est bien loin de l’insignifiance écervelée des pin-up en bikini et des six pack sur pattes d’Occupation Double.

On est loin aussi du bling et des strass de Star Académie. Difficile d’imaginer une émission plus dégoulinante de bons sentiments et de mièvrerie que Star Académie, un programme dont le but final est de vendre du prémâché et du prédigéré aux vieilles matantes qui « veulent la toune de la télé ».

Les Chefs! , en revanche, n’ont rien à te vendre. Enfin, si on excepte une incitation assez claire à boire de la Rickard’s. Je ne sais pas si vous avez remarqué la formule (hilarante) pour placer la Rickard’s dans le show au début de la saison.

Après le défi final et qu’un des candidats se soit fait éliminer, Daniel Vézina avait coutume dire quelque chose comme : « Bravo la brigade, vous avez bien travaillé ce soir, vous avez mérité une bonne bière. » Sitôt dit, il coulait à tous les apprentis-chefs une Rickard’s pression. Un plan de caméra sur la tireuse à bière (logo Rickard’s). Un plan sur le liquide qui glisse sur les rebords du verre (logo Rickard’s sur le verre). Un plan sur l’équipe qui trinque (multiples logos sur les verres). Un plan rapproché sur un membre de la brigade qui prend une gorgée. On ira parfois même jusqu’à zoomer sur un apprenti-chef qui laisse échapper un « ahhh » de contentement. Procédé subtil. Trop subtil, peut-être : dans les trois derniers épisodes, ce placement de produit a quasiment disparu, remplacé (parfois) par de la pub traditionnelle.

La critique

J’apprécie particulièrement à propos des Chefs! que les juges n’hésitent pas à descendre en flèche un plat qui ne leur a pas plu. C’est que, voyez-vous, même dans une émission de téléréalité, un juge ne sert à rien s’il n’est pas honnête, s’il ne dit pas ce qu’il pense vraiment.

La franchise des Chefs! tranche avec ce qu’on pouvait voir dans Le Match des Étoiles où des juges s’extasiaient, parfois jusqu’au bord de l’orgasme, sur les performances boiteuses de célébrités. Je comprend la nécessité de ne heurter personne, surtout pas des vedettes. Mais la crainte de déplaire est une chose, la flagornerie, une autre. Si la prestation est merdique, les juges devraient pouvoir le dire, ne serait-ce qu’au second degré, avec humour.

Pas besoin d’être grinçant comme peut l’être l’animateur de Top Gear, Jeremy Clarkson, même si son côté crû et ses opinions tranchées sont un des attraits majeurs du meilleur show automobile actuel :

This is the Renault Espace, probably the best of the people carriers.  Not that that’s much to shout about.  That’s like saying ‘Ooh good I’ve got syphilis, the BEST of the sexually transmitted diseases.’

Clarkson n’hésite pas non plus à s’attaquer à des vaches sacrées du monde automobile. Sa désaffection des Porsche en général, et de la Cayenne en particulier, est notoire :

Honestly, I have seen more attractive gangrenous wounds than this. It has the sex appeal of a camel with gingivitis.

Dans les Chefs!, si le plat est franchement mauvais, les juges n’hésitent pas à le dire. Cette honnêteté est rafraîchissante. Presque autant qu’une Rickard’s white, qui coule, je vous le rappelle, à longueur d’année.

La critique dans les Chefs! est la plupart du temps constructive. À part une très rare et affreusement directe indication « d’un manque d’amour » dans la préparation d’un plat, la critique prend souvent la forme d’une indication de la marche à suivre pour s’améliorer : manque d’assaisonnement, de sauces ou les deux, mauvais équilibre des saveurs, cuisson mal maîtrisée, mauvaise technique… Les commentaires sont argumentés, pratiques, avec pour but de corriger les défauts et d’élever les apprentis-chefs.

Nos limitations de téléspectateurs

Toutefois, un truc me dérange avec les Chefs! À chaque début d’émission, on présente aux candidats un produit (parfois peu courant, comme la lotte) et on leur donne une consigne, par exemple – j’invente – incorporer dans la recette du potiron, du chocolat et une asperge verte.

Ils disposent ensuite de cinq minutes pour construire le plan de leur recette, et d’une à deux heures pour la réaliser sous le regard de Normand Laprise, Pasquale Vari et Jean-Luc Boulay. Ce sont tous trois des professionnels qui scrutent ce qui se fait en cuisine, à la recherche des bons coups bien-sûr, mais aussi des erreurs – très nombreuses – commises par les participants.

Or le fonctionnement de l’émission favorise les bourdes. La pression de la compétition qui force les candidats à expérimenter, la présence des caméras qui augmente leur niveau de stress, la contrainte de temps, les consignes à respecter (dont celles rajoutées parfois en cours de route. ex : une demi-heure de moins pour préparer la recette…) et, surtout, le fait de se retrouver devant un produit à cuisiner qu’ils ne sont pas forcément habitués à travailler sont autant de facteurs qui contribuent à multiplier le nombre d’erreurs commises par les participants.

Vous allez me dire : « Les candidats sont des cuisiniers de formation, ils devraient pouvoir cuisiner n’importe quoi !  » Pas exactement. Ils sont cuisiniers certes, ils ont des connaissances de base et même beaucoup plus, mais ils ne maîtrisent ni toutes les techniques,  ni tous les aliments. La cuisine gastronomique est un art subtil et délicat, un mélange de techniques acquises par l’expérience (comment vider des oursins,  dépiauter un saumon…), de connaissances culinaires (quels ingrédients utiliser en quelle quantité pour réaliser un plat, quelle cuisson choisir pour tel ou tel aliment…), de talent pour expérimenter et oser, et d’amour du métier.

Si tu n’as jamais préparé de palourdes de ta vie, tu peux essayer de t’en sortir, mais tu ne peux pas inventer la technique correcte. Ça ne s’improvise pas. Trop souvent, en regardant les Chefs!, j’ai l’impression que c’est pourtant ce qu’on demande aux candidats (pas la préparation de palourdes, l’improvisation de techniques qu’ils ne maîtrisent pas).

Comme si on leur disait  » Aspirants chefs, vous connaissez tous l’alphabet sur le bout des doigts. Eh bien aujourd’hui, les juges ont décidé que votre défi de la semaine serait de parler tchèque. Vous avez deux heures. »

Il me semblerait bien plus intéressant qu’on annonce à l’avance aux aspirants-chefs quel sera le produit vedette. Ça leur permettrait de faire des recherches sur les meilleurs accords, de potasser les techniques de cuisson, de chercher à construire des plats de la mort en laissant totalement parler leur créativité. On éviterait, ou du moins on limiterait, les erreurs de débutants liées à une méconnaissance des techniques culinaires de base pour la préparation des aliments en question. On gagnerait beaucoup en flamboyance.

Dans l’état actuel des choses, l’émission favorise l’instinct et les connaissances acquises dans le passé plutôt que de miser sur l’inventivité et le travail de recherche et de développement.

Mais je doute que les producteurs de l’émission passent un jour à la formule que je suggère ici. Quinze aspirants chefs qui font des plats hallucinants de cuisine moléculaire sont moins divertissants qu’une brigade au sein de laquelle un cuisinier brûle son plan de travail, surcuit ses pâtes, réalise une sauce fade en détruisant totalement le produit qu’il devrait mettre en valeur…

En clair, ce que les téléspectateurs veulent voir, ce n’est pas de la cuisine de haut vol. Ce qu’on veut, c’est que les candidats se plantent. Ça crée de la tension, du stress, du drame.

Et c’est un peu triste à dire, mais ça fait de la meilleure télé.

Panique au Mangin Palace fête sa 200e émission

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L’émission de radio la plus délirante de France vient de passer le cap de la 200e. Déjà cinq ans de délires radiophoniques « archi-loufoques et total-foutraques » dans le plus pur « Joe Dassin-esprit ». Bon anniversaire Panique au Mangin Palace!

Si le précédent paragraphe vous paraît bizarre, c’est que vous n’êtes pas un auditeur de Panique au Mangin Palace. Je vous envie.

Je vous envie parce que, sans le savoir, vous venez de découvrir un coffre rempli de perles de rigolades et d’infos disséquées à la sauce zygomatique. Et ce coffre, il est là, juste là, dans votre radio.

La Panique au Mangin Palace (PAMP), c’est quoi ?

Panique au Mangin Palace, c’est une heure de pur bonheur radiophonique, une heure d’une revue d’actualité décalée et délirante, préparée par Philippe Collin et toute son équipe. PAMP est diffusée tous les dimanches matin, onze heures, sur les ondes de France Inter – où n’importe quand dans votre iPod si vous vous abonnez au podcast.

Toutes les émissions commencent par la même introduction rituelle, que voici (date et épisode adapté à chaque fois, bien sûr):

Attention! Message personnel! Panique au Mangin Palace! Je répète, panique au Mangin Palace!

Ha ha! Nous revoilà! C’est la panique en direct du Mangin Palace, 200e épisode. Bienvenue à toi dans ce monde archi-loufoque et total-foutraque, où l’élégance se mélange au n’importe-nawak, le tout dans une farandole de volutes sonores orchestrée par une bande de doux dingues. La machine est prête et, a priori, nous serions ce matin, selon le grégorien, le dimanche 11 avril 2010. 11h06. Bonjour à toi, l’ami!

[...] Ce matin l’ami, tu redécouvres les absurdités du monde qui t’entoure. Ainsi, le Mangin Palace te propose d’organiser ici un beau Barnum burlesque consacré aux actualités manipulées par le prince du monde. Alors chers amis, communions ensemble durant 53 minutes, au nom de l’allégresse, de l’extase potache et du Joe Dassin-esprit, ainsi soit-il. Voici donc la liturgie de notre joyeux Audiorama contre les assauts de la morosité. [...] Une seule mission, tenter de chahuter tes zygomatiques.

La suite est du même acabit, avec des rubriques comme l’actualité freudienne, qui est une dissection rigolarde de l’actu de la semaine; le bernard l’hermite, où les abondantes archives de l’INA servent à illustrer un pan de l’actualité; Monique et Jean-Claude, histoire fantaisiste d’un couple de beaufs sympathiques… Le tout parsemé de dizaines d’extraits de films comiques, de sketchs cultes et de bizarreries hilarantes dont vous n’avez jamais entendu parler. Enfin, pas encore.

Bref, c’est de la grosse déconnade, mais ça n’est pas que ça. Un peu à l’image du Daily Show de Jon Stewart, en écoutant PAMP, on se bidonne certes, mais on se cultive en même temps.

PAMP est une émission qui part dans tous les sens et c’est ce qui fait son charme. En quelques secondes, on peut passer d’une observation acerbe sur la politique à la fausse pub des Nuls pour Toniglandyl. Et le pire, c’est que ça marche.

Le site de Panique au Mangin Palace est ici, et je vous invite vivement à le découvrir. En invités pour la 200e, dans le rôle de Monique et Jean-Claude, vous retrouverez Véronique Augereau et Philippe Peythieu. Leurs noms ne vous disent peut-être rien, mais vous connaissez leurs voix : ils doublent Marge et Homer dans la version française des Simpsons.