Le bêtisier des Jeux Olympiques

Standard

Les Jeux Olympiques de Vancouver ne sont pas uniquement un événement sportif. Grâce à la couverture médiatique fournie par V et RDS, les J.O. sont aussi un sketch permanent.

Les commentateurs massacrent régulièrement la grammaire, la syntaxe et les expressions françaises. Et c’est très drôle.

L’effet comique provoqué par l’à-peu-près dans les proverbes et par les erreurs de langue n’est pas nouveau. Il est au centre de l’humour de Jamel Debbouze ( par exemple quand il massacre les noms des Gaulois dans Astérix ), joue une grande part dans les sketchs de Gad Elmaleh (« c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ») et est la cause principale du succès de la pub pour les yaourt Viennois où le petit garçon déclare à Maurice, son poisson rouge : « Tu as dépassé les bornes des limites! »

Mais Jamel, Gad et les publicitaires ont ceci en commun qu’ils font exprès de bousiller la langue pour nous faire rigoler. C’est ce qui les distingue des commentateurs sportifs.

Quand Jean-Luc Brassard, pendant l’épreuve des bosses, qualifie à plusieurs reprises des courses de skieurs de « descentes à l’emporte-pièce » – alors qu’il est manifeste que ce qu’il veut dire c’est qu’elles sont très rapides – il ne le fait pas exprès. Quand il affirme, pendant la même épreuve, que « le risque en vaut la chandelle« , il ne cherche pas à nous faire rire non plus.

De même, quand Joël Bouchard, avant le match opposant le Canada à la Norvège, déclare à propos de Drew Doughty « ce joueur, je vais le suivre à la lettre« , ça n’a pas de prix.

Et au-delà des erreurs de langage, il y a aussi les bourdes manifestes. Par exemple, ce présentateur de RDS qui déclare : « C’est le Suisse Simon Ammann qui a réalisé le meilleur temps en saut à ski« .

Les quatre exemples ci-dessus ne sont qu’une infime partie de tous les lapsus et calembours involontaires qui ont été prononcés pendant les Jeux.  J’utiliserai cet article pour garder une trace de ces perles comiques. N’hésitez pas à en ajouter dans les comm.

Ma liste (provisoire)

- des descentes à l’emporte-pièce

- le risque en vaut la chandelle

- suivre un joueur à la lettre

- réaliser le meilleur temps en saut à ski

- la foule et l’électricité grimpent chaque soir  (reportage sur l’ambiance à Vancouver)

- Cet excellent début d’entrevue d’une journaliste de NBC (à 0:22)

- La totalité de la Cérémonie d’ouverture. Terriblement lente, cliché et inintéressante. Avec, cerise sur le gâteau, Garou qui fausse à la fin (oui, oui, je l’ai regardée en entier, en attendant désespérément l’apogée finale qui justifierait 3 heures d’ennui). Une explication possible de ce fiasco : la cérémonie d’ouverture était « une comédie musicale écrite par un enfant de cinq ans« .

(à suivre)

Petit précis de français québécois

Standard

Profitant du fait que l’Europe connaît en ce moment un hiver qui n’a (presque) rien à envier au Québec, je vous propose un petit précis de mots et d’expressions québécoises essentielles à connaître à tout touriste de passage dans la Belle Province.

Quelques mots:

Plate: Se dit de quelque chose qui est inintéressant, chiant. “J’ai jamais pu regarder un épisode de Derrick en entier, c’est trop plate”. Plate peut aussi signifier “dommage” :
“- J’ai perdu mes clés
- Ah, c’est plate.”

Poche: À peu près équivalent à plate. Il existe des nuances entre les deux, très subtiles. Poche s’applique plus à quelque chose (ou quelqu’un) de foncièrement mauvais. Par exemple, si vous voulez dire que la musique du groupe Nickelback est nulle et que leur guitariste est un manchot, il faut dire:  “La musique de Nickelback est plate et le guitariste du groupe est vraiment poche”.

Débarbouillette: c’est l’équivalent québécois du gant de toilette. Il s’agit en fait d’une petite serviette carrée.

Frette = froid . Quand il fait très froid, on lui accole parfois l’adverbe (vulgaire) “crissement” : “Il fait crissement frette”.

Assez: Dans certains contextes, “assez” veut dire “beaucoup” : “ Les lasagnes, j’aime assez ça!”

Capote (faux ami) : Quand un Québécois parle de capote, il ne fait référence ni à Durex, ni aux voitures décapotables. Au Québec, capoter est un verbe qui signifie, plus ou moins, adorer. “Je viens d’écouter le dernier Radiohead. Il est malade ! J’capote dessus ben raide!” Capoter s’utilise aussi dans l’expression “c’est capoté!” qui signifie “c’est fou!”

Ben raide: Ben est la contraction de bien ( et se prononce comme “bain”). “Ben raide” signifie “vraiment beaucoup”.

Oubedon = Ou bien

Énervé (faux ami) :  signifie excité.

Quelques expressions

C’est encore drôle: Cette expression n’a rien à voir avec un quelconque humour. Elle signifie en fait “ça reste à voir”.
“ – T’arriveras jamais à sauter ce ravin à cloche-pied
- C’est encore drôle”.

Avoir un pinch mou : expression, qui n’a pas d’équivalent en France, et qui désigne le duvet de moustache que se laissent pousser les adolescents en quête de virilité lippue.

Être en beau joual vert = avoir la haine
Ne me demandez pas d’où ça vient, je n’en sais rien du tout

Être sur son 36 = Être sur son 31

Se faire prendre pour une valise = se faire prendre pour un con.
“10 $ pour une pomme, tu me prends-tu pour une valise?”
Variation sur le même thème : On peut aussi dire : “10 $ pour une pomme, j’ai tu une poignée dans le dos?”

Broche à foin = Mal foutu, bâclé.

Être dans l’eau chaude = Être en mauvaise posture

On ne dit pas :

On ne dit pas “C’est trop cool”, on dit “C’est trop hot”.
On ne dit pas “ Ta gueule”, on dit “Ta yeule”.
On ne dit pas “T’es un gros connard”, on dit “T’es un gros cave”, ou pire “T’es un criss d’épais”
On ne dit pas “Regarder la télé”, on dit “Écouter la TV”
On ne dit pas “C’est vraiment kitsch”, on dit “C’est vraiment quétaine”
On ne dit pas “Allez!”, on dit “Enweille!”

Un mot sur les sacres…

Le sacre est une insulte dérivée d’un terme religieux qui appartient clairement au registre vulgaire. Les sacres sont légions: tabarnak, câlisse, ôstie… Les sacres sont un univers bien trop vaste pour que je couvre tout ici. Je me contenterai de criss. De tous les sacres, criss est le plus intéressant parce qu’un peu à la manière de “schtroumpf”, il est déclinable à toutes les sauces (les autres sont déclinables, mais pas aussi extensivement que criss)

Criss: C’est sans doute le sacre le plus répandu au Québec. Vous connaissez déjà l’adverbe crissement (qui signifie “vraiment beaucoup”), mais on peut aussi utiliser criss:
comme un verbe: Je m’en crisse (= je m’en fous)
comme un autre verbe : je décrisse (=je me tire)
comme un nom : Je suis en criss (= je suis très énervé)
comme une interjection : Criss! (= putain!)…

Une règle grammaticale indispensable à connaître : l’omniprésence du « tu ».

Au Québec, le « tu » occupe une place de choix. On l’utilise partout. Il s’insère dans les phrases interrogatives de la façon suivante : “Tu m’écoutes-tu?” Le « tu » marche aussi avec le pluriel : “Ils viennent-tu ?”
Mais attention, « tu » es invariable, on ne peut pas dire “Ils viennent-ils ?”
Un certain entraînement est nécessaire pour maîtriser les complexités du « tu ». N’essayez pas tout de suite de tenter un “Venez-vous tu?” intrépide. “Vous venez-tu?” conviendra parfaitement.

Une leçon de vie : le montant exact

Arrivé à une caisse dans un supermarché, vous tendez votre carte bleue et là on vous demande: “ Le montant exact ?”“Comment ça, le montant exact ?” répondrez-vous peut-être, “le montant exact, non mais oh, faut pas me prendre pour une valise ! “(vous apprenez vite). Ne vous emportez pas comme ça. En fait, on vous demande si vous voulez le montant exact parce que presque toutes les caisses du Québec peuvent aussi servir de guichet pour retirer de l’argent. Plutôt une bonne idée!

En vrac:

dépanneur = épicerie
crisser une volée = foutre une baffe
crosser = arnaquer
se crosser = se masturber
les foufounes (faux ami) = les fesses
une patente = un bidule
des gougounes = des tongs

Le lexique du français québécois sur Wikipédia regorge d’autres expressions, même s’il est loin d’être exhaustif (de nombreuses expressions utilisées dans ce post n’y figurent pas, par exemple).