Du hip-hop intelligent – D-Sisive livre Anvil

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D-Sisive est un rappeur qui ne ressemble pas à toutes les grosses machines du hip-hop qui trustent les ondes radio et dont les lyrics tournent grosso-modo autour de trois choses : le deal de drogue, les fesses des filles et la violence urbaine. D-Sisive, de son vrai nom Derek Christoff, évite tous ces clichés. Ce rappeur canadien a quelque chose à dire, et il le dit très bien.

D-Sisive est un rappeur pour fans d’indie rock. Même si vous haïssez le rap avec force, il y a de bonnes chances que D-Sisive vous réconcilie avec le genre. Sur son plus grand succès, intitulé Brian Wilson, le rappeur à tête d’autruche sample les Beach Boys. Sur Ambulance, il sample Tom Waits.



Si je vous parle de D-Sisive aujourd’hui, c’est parce qu’il vient de sortir un single, Anvil, disponible en téléchargement gratuit ici.

Anvil est inspiré d’un documentaire sur un groupe de hair-métal des années 80 du même nom qui n’a jamais connu le succès, et par Dead Man’s Bones, un groupe gothique-folk canadien (oui, c’est possible), proche du son du Dark night of the soul de Danger Mouse, Sparklehorse et David Lynch.

Des influences très bizarroïdes pour une chanson de hip-hop : mais ça marche. À tel point que D-Sisive considère Anvil comme son nouveau Brian Wilson.

Le communiqué de presse de D-Sisive concernant la sortie d’Anvil:

Dear friends,

This is my official press release. For IMMEDIATE RELEASE. Weird.

My label (urbnet) usually takes care of these things. Take a few
paragraphs from my bio. Add a sentence describing whatever it is
they’re trying to promote. Throw in a quote that I spend hours
carefully crafting. Bam! Press release.

Not this time. I wanted to write it myself.

Many things inspired me in 2009, but not all moved me the way Anvil!
The Story of Anvil (documentary) and Dead Man’s Bones (LP) did. I knew
I had to involve the two in my own work, somehow. And here it is.

‘Anvil’ is an updated ‘Brian Wilson’, combined with samples from the
documentary, Anvil!, over the composition ‘Werewolf Head’. One
delicious lawsuit waiting to happen.

If you haven’t seen Anvil, please do. If you haven’t heard Dead Man’s
Bones, please do.

Anvil Trailer: http://www.youtube.com/watch?v=FF4H8lB2Y_o
Dead Man’s Bones: http://www.myspace.com/deadmansbones

Hope you enjoy the song.
And thank you for making 2009 an incredible year.

Sincerely,
Derek Christoff (aka. D-Sisive)

Ps. Rappers…It’s OK to compliment other rappers.

(Merci Max!)

Music War – Hipsters vs. the World

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Vous l’ignorez peut-être, mais un combat titanesque se tient dans le monde de la musique au moment même où je vous écris. Les deux adversaires sont sur le ring depuis des années.

Dans le coin gauche, Ray-Ban sur le nez, jean skinny noir, Kedds noires et t-shirt de Joy Division tout aussi noir, se tient le hipster. Il serre les poings, qu’il a maigres. C’est le tenant du titre.

Dans le coin droit, jean assez large pour ne pas lui comprimer les testicules, chemise un peu trop grande, allure quelconque (il ne travaille pas son look), se trouve le type qui n’appartient à aucune tendance. Son mouvement à lui n’a pas de nom. Puisqu’il faut bien le nommer, appelons-le “musicophage”.

Le hipster et lui se haïssent cordialement et se battent depuis des lustres pour le droit exclusif de définir ce qu’est la bonne musique. Mais le musicophage vient de prendre un mauvais coup. Dans une chronique intitulée How to ruin music, sur le blog du magazine Vice, le hipster lui a décoché, avec verve, cynisme et une bonne dose d’humour noir, un gros uppercut dans les dents :

Making great music is easy. All you need is a lot of booze and someone else with a lot of booze to listen to you make up songs about people within earshot off the top of your head.
Making terrible music, on the other hand, takes fancy instruments and years of music lessons and skill and self-confidence and expensive pants and dynamic range compression and influences and autotuners and blow jobs and publicists and sincerity. Really, unless you’re friends with Steve Vai or something, it’s kind of more trouble than its worth.

Et ce n’est que le début de l’article. Pour Vice, la pire insulte, c’est quand on reprend une bonne chanson et qu’on y rajoute un solo de guitare :

It’s akin to watching a copy of Vertigo that’s been intercut with spliced stills of child pornography.

Surtout si ce solo est blues, se trouve dans une chanson de David Bowie, et est joué par Stevie Ray Vaughan:

The crowning example [...] is the David Bowie bootleg Dallas Moonlight On April 27, 1983, Stevie Ray Vaughan–living embodiment of how abjectly corny blues music can be and the only person whose death I have ever fantasized about witnessing–joined Bowie on a soundstage in Texas to personally destroy 29 of the man’s greatest hits.

Que le solo de guitare n’ait pas la cote dans la bonne société des hipsters (BSH), ce n’est pas nouveau. Dans la BSH, c’est l’incarnation du kitsch suprême, et il est de bon goût de déféquer sur n’importe quelle chanson qui en contient un. Mais ce coup-ci, l’attaque est particulièrement violente et les réactions outragées fusent dans les commentaires :

“This is one of the most disrespectful, poorly written pieces of garbage I’ve ever read[...]. Love or hate Stevie Ray Vaughan, but to sit here and discredit his OBVIOUS level of talent is mind boggling. Everything he did with Bowie was far from in poor taste, it was in fact the exact opposite. « Corny white guy blues »? Go to your local pub and listen to a 50 year old balding douche bag who has his signature Clapton model Strat that he sanded the finish in his garage so it looked like he played it for 25 years. Then you’ll hear corny white guy blues. I’m sorry, but if you cut records with Albert King, and sat on stage with the likes of BB King, Etta James, Chaka Khan and other folks of that nature, then by my book you’ve got some fucking soul.” (Anonymous)

“it’s become a fad in music criticism to shit on any form of blues. to say that a band is inspired by hendrix or zeppelin is to say that they’re boring throwbacks, while only fashionable bullshit like grizzly bear and animal collective is worthy of THE DISCERNING AND SOPHISTICATED HIPSTER.” (Anonymous)

Calmons nos esprits et prenons un peu de recul

(où l’auteur essaie de faire la part des choses)

David Bowie est un héros pour la BSH, qui adore sa trilogie berlinoise (Low, “Heroes”, Lodger) et, de manière générale, tout ce qu’il a touché, de près ou de loin. Même les pires épisodes de sa carrière – dont la quasi-totalité de sa filmographie – sont auréolés d’une certaine gloire. Il s’agit de Ziggy Stardust après tout.

Comme Madonna, David Bowie est un faiseur de tendances. Son habileté à découvrir les talents est légendaire. Quand il a rejoint sur scène Placebo ou Arcade Fire au début de leurs carrières, l’événement a été perçu comme un adoubement par la presse musicale : le seigneur anglais venait d’apposer son sceau sur ses enfants spirituels.
This is Major Tom to ground control – These bands rock – End transmission.


Or, douce ironie, c’est David Bowie lui-même qui a “découvert” Stevie Ray Vaughan, le guitariste honni par Vice. C’est d’ailleurs Vaughan qui joue de la guitare sur le plus grand succès de Bowie dans les charts, Let’s dance.

(La légende raconte que Vaughan était furieux quand il s’est rendu compte que Bowie mimait ses riffs de guitare dans le clip.) En 1983, n’en déplaise à Vice, le jeu de guitare de Stevie Ray Vaughan était à la pointe de la mode.

La guitare solo en disgrâce

(où l’auteur révèle un passé honteux)

Il n’y a rien de plus emmerdant qu’un interminable solo de guitare ultra-technique, plein de tapping, de hammer-ons et de pull-offs, un solo où la vitesse et la virtuosité priment sur la mélodie, où le guitariste bouffe tout l’espace sonore pour sa séance d’échauffement des phalanges. Je sais de quoi je parle, j’ai été ce type-là.

Quand j’avais 14-15 ans, je jouais de la guitare cinq heures par jour et j’admirais Steve Vai, Joe Satriani et consorts, tous ces musiciens dont je ne suis plus capable d’écouter la moindre composition. Aujourd’hui, ces guitar hero m’apparaissent comme l’équivalent musical de l’émission Pimp My Ride : bien que je considère qu’il n’y ait rien d’aussi ridicule qu’une voiture tunée, je suis prêt à reconnaître que les mécaniciens de l’émission font des choses incroyables avec des vieux de tas de boue. Mais, s’ils maîtrisent parfaitement la mécanique, ça ne veut pas dire pour autant qu’ils ont du goût.

Ado, j’aimais tous ces guitaristes au jeu hyper technique. Je voulais être capable de jouer comme eux des riffs sur sept octaves, des solos en sextolet à 160 bpm, derrière la tête, avec les dents. Et puis j’ai découvert Pink Floyd et ça a été le choc. Le guitariste de Pink Floyd, David Gilmour, est un musicien tout en réserve, en rythme et en silences. Au lieu de jouer 600 notes à la minute, il va en jouer douze, mais ces douze notes seront parfaites, placées exactement à l’endroit où il faut. Ce fut une révélation. Le solo n’avait pas besoin d’être diarrhéique mélodiquement, de dégouliner de notes, pour être excellent.

Peu de temps après, j’ai plongé les oreilles dans le trip hop via Portishead d’abord, puis Massive Attack, une musique sans guitare (ou presque) qui m’a plu instantanément, musique pleine d’une charge émotionnelle sombre et pesante, mais aussi sensuelle et chaude. Je réalisai que la musique pouvait avoir du “feeling” sans guitare.

Et puis en 2000, Radiohead a sorti Kid A et l’heure de gloire de la six cordes était arrivée à son terme.

La mort du solo ?

(où l’auteur exprime ses doutes)

Le guitar hero de 2010, c’est celui qui se joue devant sa télé avec une guitare en plastique. Wayne Coyne, le leader des Flaming Lips l’a bien compris : il a remplacé un des des manches de sa guitare par le manche en plastique d’une guitare-jouet.

I’ve constructed this great looking guitar hero double-neck guitar thing here because there’s a lot of kids out there that think “This is actually how you play guitar now. You just press a series of 4 or 5 buttons and sort of different sequences and it makes every sound that the guitar could make”

L’époque est incontestablement aux sonorités électroniques et aux synthés. Les sons des années 80 sont au goût du jour, alors qu’il n’y a pas encore si longtemps, ils étaient considérés comme la honte de la musique. Ce sont les aléas de la mode.

Quant à la virtuosité à la guitare, elle n’est plus acceptée que pour certains artistes tels que Marnie Stern ou les Dirty Projectors, sans qu’on sache vraiment trop ce qui leur confère un tel traitement de faveur. Le solo de guitare est victime du pouvoir de la mode et de la dictature du cool.

Je suis toujours étonné de voir que les mêmes hipsters qui conchient le solo de guitare sont des adorateurs de groupes bizarroïdes comme Battles. Entendons-nous bien : Mirrored de Battles était un des grands albums de l’année 2007, avec un jeu de batterie époustouflant et une production aussi réussie que la photo qui orne la pochette (probablement un des meilleurs artworks de l’histoire du rock). Mais la voix sur cet album est insupportable : une voix retouchée et altérée jusqu’à en faire une parodie de la Schtroumpf Party 4 qui me donne envie de m’arracher les tympans avec la première chose qui me tombe sous la main – tiens un stylo bille, pourquoi pas ? – juste pour que ça s’arrête. La voix dans Battles est cool aujourd’hui, mais je ne serais pas étonné qu’elle soit considérée comme affligeante d’ici quelques années.

Ceci étant dit, la haine des hipsters envers le solo de guitare se justifie parfaitement dans certaines conditions. Comme je l’ai écrit plus haut, un solo ultra-technique est fondamentalement inintéressant, parce qu’il place la performance du guitariste au-dessus de la chanson elle-même. Car au final, la seule chose qui importe vraiment, c’est la qualité de la chanson dans son ensemble.

Or, pour faire une bonne chanson, il n’existe pas de recette miracle. Prenez des excellents musiciens, un producteur de renom, un ingénieur du son génial, embauchez un crack pour faire le mix, mélangez bien le tout, et vous obtiendrez peut-être un album nullissime. Parce qu’en musique, le tout est différent de la somme des parties.

La définition d’une chanson réussie que donne David Desjardins du Voir Québec est très juste :

Alors voilà, disons-le: une chanson réussie, c’est de l’alchimie. Ça ne se compte pas en notes. Ni en émotions, autre piège courant des critiques et du public qui tombent pour la facilité des manipulations lacrymales.

Une chanson réussie a une âme, c’est un lieu dans lequel l’artiste nous permet d’habiter pour trois, quatre, cinq minutes. On s’y sent bien ou mal avec lui. Il s’y échange un truc, indicible, un épisode de vie, une manière d’envisager le monde.

Très souvent, les solos de guitare défigurent les chansons comme un bouton au milieu du front : c’est moche, inutile et on ne voit que ça. Mais parfois, les solos font partie intégrante de la chanson, ils sont sa structure, son squelette. C’est alors qu’ils fonctionnent le mieux.

Plusieurs exemples :

Jockey full of bourbon de Tom Waits, où le jeu de guitare de Marc Ribot est l’épine dorsale de la chanson

Autre exemple marquant, Marquee Moon de Television. Plus de 10 minutes de bonheur, de la guitare partout, mais la sauce prend:

Paranoid Android de Radiohead. Une chanson qui selon le magazine NME « [p]ossesses one of the most unorthodox ‘axe’ solos known to mankind. »

D’où viennent tous ces samples ?

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Whosampled

Vous voulez savoir quels samples les Daft Punk utilisent dans Harder, Better, Faster, Stronger ? Ou ceux dont se servent les Animal Collective sur My Girls ? Vous êtes curieux de découvrir quels artistes ont samplé Tom Waits, Serge Gainsbourg ou Miles Davis ?

C’est maintenant possible grâce à WhoSampled, un site qui se veut un lieu « d’ exploration de l’ADN de la musique ». L’intérêt d’ WhoSampled, au-delà du fait d’identifier la provenance de certains extraits musicaux, c’est que le site présente côte à côte la vidéo de la chanson d’origine et celle de la chanson où le sample est utilisé.

Par exemple, si vous cherchez D.A.N.C.E de Justice, vous apprendrez qu’ un sample provenant à 3:42 dans Me against the Music de Britney Spears est employé.  Vous voulez vérifier par vous-mêmes? Rien de plus simple : les clips de ces deux chansons sont mises en parallèle et n’attendent qu’un clic. Facile et efficace.

Whosampled

Le site est jeune – il vient de fêter son premier anniversaire – donc forcément incomplet, mais il regorge déjà de contenu et se remplit à toute vitesse.

Seul problème : avec certains artistes, les pages risquent d’être très très longues.

(Via Metafilter)

(photo Aubrey Arenas sur Flickr)